02/07/2009

Courbettes gabonaises

Certains croient bon d’affirmer que les colonies ont été un fardeau pour les pays européens qui ont eut la grandeur et l’humanité de prendre en charge tant de pays exotiques. Et pour preuve, disent les plus informés, les pays de l’hémisphère Nord n’ont que très rarement désirer ces territoires outremers : ce seraient les commerçants qui leur auraient forcé la main. Je pense que cela est parfois vrai, mais le fardeau n’en a jamais été un. Evidemment. Et l’acharnement des anciennes puissances coloniales à garder la main sur des pays désormais indépendants nous dit tout le contraire que cette soi-disant corvée. Le discours actuel des politicards de tout poil en France, qui affirment que leurs rapports de voyous avec leurs anciennes colonies africaines sont désormais révolus, n’ont pas peur du ridicule.

La semaine dernière, la rédaction de Radio France International a été “contrainte” par l’Elysée de diffuser 3 heures en direct du Gabon pour les obsèques d’Omar Bongo. Et ce sur les antennes RFI du monde entier. Aucun président, français ou non, n’a jamais eu cet honneur. Faut-il que le jeux en vaille la chandelle ? Certaines de nos anciennes colonies africaines méritent apparemment des courbettes. Poursuivre la lecture

14/06/2009

Amnésies gabonaises

Je pensais avoir tout entendu en matière de mensonge et de manipulation politiques lors de cette dernière semaine passée au Gabon, mais en écoutant et lisant différents médias dès mon retour en France, je m’aperçois que j’étais loin du compte : comment peut-on aligner de telles idioties en si peu de mots ? Même en espérant une amnésie et une torpeur humaines (pas toujours naturelles) il faut croire que toutes dignité et honte ont déserté la civilisation.

Que les médias gabonais étouffés par la main de fer de feu Omar Bongo, se contentent de se lamenter sur son décès tout en louant sa grandeur d’âme et sa bonté, énerve certes, mais s’explique facilement.

Qu’un certain nombre de gabonais pleurent leur Papa se comprend aussi, même si tant de comédies sont décourageantes surtout lorsque la récompense pour les pleurnicheurs (plus souvent d’ailleurs “des pleurnicheuses”) n’est souvent rien de plus qu’un tee-shirt à l’effigie du grand Timonier. J’imagine après tout que feu Kim Il Sung et son fiston Kim Jong Il, les dictateurs fous de Corée du Nord, doivent avoir aussi leurs fans… Poursuivre la lecture

09/05/2009

Les enfants volés de Kony

“Quand la tuerie a pris fin à Batande, les combattants de la LRA ont mangé le repas de fête que les villageois avaient préparé, et puis se sont endormis parmi les cadavres avant de continuer à semer sur leur route la destruction et la mort. Ils ont attaqué 12 autres villages les 26, 27 et 28 décembre 2008.” [1]

Ce n’est pas le début d’un roman noir, mais la triste réalité d’une croisade de plus de 20 ans menée principalement dans le nord de l’Ouganda par un illuminé, Joseph Kony, qui, sous prétexte de révélations divines, massacre tous ceux qui ont le malheur de croiser son chemin et de ne pas combattre avec lui. Et si la plupart des enfants échappent à la mort c’est pour être réduits immédiatement en esclavage : sexuel ou sanguinaire, selon les goûts et les besoins. Avec l’aide de son armée, la LRA (Lord Resistance Army, Armée de Résistance du Seigneur), ce prophète “lutte” pour renverser le président ougandais Yoweri Museveni et installer un régime basé sur les principes de la Bible et des 10 Commandements dans son pays, et pourquoi pas dans le monde entier. Poursuivre la lecture

13/04/2009

Souvenirs rwandais

Il y a quelques jours une triste commémoration est passée sous silence ou presque : Quinze ans plus tôt, le 7 avril 1994, un grand carnage commençait au Rwanda sous les yeux impassibles et secs des grandes diplomaties internationales, qui se refuseront jusqu’à l’absurde de s’impliquer pour sauver 1 million d’humains passés sous le fil des machettes en moins de 3 mois. Comment expliquer que ce génocide ait laissé indifférent le monde entier ou presque ?

Que l’opinion française ait été et continue d’être intoxiquée par des nostalgiques de la Coloniale et de la grandeur française, illustrée cyniquement à l’époque des évènements par un François Mitterrand sûr de lui-même et arrogant, n’étonne sans doute plus que les ahuris, les égoïstes et les franchouillards [1]. Mais que penser de la passivité hors des frontières hexagonales où l’implication est moins évidente ? Et si ce n’est quelques associations ou quelques journalistes, qui s’est vraiment insurgé plus longtemps que le passage obligé de l’actualité ou, pour certains politiques, plus longtemps que nécessaire pour leur défense en irresponsabilité ? Poursuivre la lecture

31/03/2009

Areva au Niger

Par hasard, certainement par hasard, Mamadou Tandja lors de la courte visite de Nicolas Sarkozy au Niger s’est exprimé clairement sur ses ambitions : “Je me représenterais une troisième fois pour me succéder comme président de mon pays si on me le demande“. Inutile de se poser trop de question sur l’identité du “on“, ni sur la relation avec le propos de Nicolas Sarkozy, qui venait d’affirmer dans un de ses discours bien récité et mal joué dont il a le secret, qu’il se félicitait de la bonne tenue démocratique du Niger… qui ne permet pas à un président d’effectuer plus de 2 mandats.

De toute façon Nicolas Sarkozy ne s’est pas rendu en Afrique pour les droits de l’homme et autres amusements constitutionnels mais en tant que représentant de commerce. Pour cette visite nigérienne il a mis sa casquette de VRP d’AREVA. Anne Lauvergeon, présidente du groupe, doit se féliciter d’avoir une telle équipe commerciale. Poursuivre la lecture

20/03/2009

Disc jockey, pasteur et entourloupes

On prend les mêmes et on recommence. L’histoire malgache se répète et moi aussi. Dans un précédent article [1], je m’étonnais déjà de cette redite de l’actualité, mais je ne pensais pas que tout irait si vite. Un disc jockey s’est donc installé sur les Hauts-Plateaux.

On dit Andry Rajoelina surdoué, de quoi, nous verrons bien, mais son surnom TGV n’est pas usurpé [2]. En quelques semaines il a pris la place de son prédécesseur Ravalomanana, qui ne doit pas vraiment comprendre ce qui lui arrive. Lui qui affirmait encore il y a quelques jours qu’il ne démissionnerait jamais, il a apparemment déchanté. Tout comme son opposant qui jurait qu’il ne voudrait jamais du pouvoir. Ils n’ont aucune suite dans les idées ces politiciens ou bien ?

Mais peu importe toutes ces idioties, car comme toujours le principal intéressé, celui pour qui sont tramés officiellement tous ces beaux serments et énervements, essuie les pots cassés. Comme toujours le peuple est ignoré et continue d’être balloté à gauche puis à droite. Poursuivre la lecture

28/02/2009

Cesaire à la Guadeloupe

Il n’est pas vraiment étonnant que la figure d’Aimé Césaire ne soit jamais ou presque évoquée à propos des évènements actuels qui secouent les Antilles. Et quelle que soit la tournure que prendra cette crise, les idées du politicien comme du poète seront certainement ignorées.

Une fois, une seule fois, le secrétaire d’Etat chargé de l’Outremer, Yves Jégo, s’est interrogé sur la nature uniquement économique des revendications, mais il est évident que, tant du coté des manifestants que du coté de l’Etat, personne n’a intérêt que soient évoquées des raisons moins sonnantes et trébuchantes. Et lorsque ce même Yves Jégo, ou un de ses alter-egos je ne sais plus et peu importe, prétend que le besoin suprême des Guadeloupéens est de recevoir un peu d’amour, cela résonne bizarrement avec un colonialisme pas si ancien que cela finalement, qui ne voyait dans le colonisé que l’enfant. Poursuivre la lecture

21/02/2009

Un jeu malgache

L’histoire rejouerait-elle un tour aux malgaches ? A moins d’une décennie de distance, on prend presque les mêmes et on recommence. Marc Ravolomanana, l’actuel président, est chahuté par le tout jeune maire d’Antananarivo, comme il avait chahuter en 2002 son prédécesseur, Didier Ratsiraka. Il est vrai que Ravalomanana se battait alors pour prendre la tête d’un pays où il venait de gagner les élections présidentielles…

Jusqu’à la fin des années 2000, les malgaches vivaient difficilement dans la douce démocratie de l’Amiral-président, Didier Ratsiraka. En 20 ans de pouvoir celui qui se faisait appeler l’Amiral Rouge se comportait en despote éclairé, et seul notre grand pays des droits de l’homme le prenait pour un démocrate. Naïveté française sans doute. En tout cas, le peuple malgache bien que tolérant et paisible commençait à réclamer le départ du démographe [1]. Poursuivre la lecture

10/02/2009

Les Kivu, pourquoi ?

Que Laurent Nkunda ait imposé sa loi si facilement pendant des années dans l’Est de la RDC, parait aussi étonnant que la facilité avec laquelle il s’est laissé finalement arrêter par les troupes rwandaises, qui sont allées le chercher dans son fief du Nord-Kivu…pour finalement l’appréhender en territoire rwandais ! Tout cela, son combat, son arrestation, paraît du mauvais roman, qui ne choque manifestement personne, et bien sûr son extradition vers la RDC se fait attendre depuis plus de 2 semaines.

La vie de millions de rescapés de ce vaste cirque mené par les grands de ce monde pour s’accaparer des richesses bien futiles et entretenir une machine qui commence à dérailler doucement pour certains, brutalement pour d’autres, ne paraît guère plus enviable que celle de milliers de congolais qui meurent chaque jour pour des intérêts qui ne les concernent pas. La vie et l’espoir étant ce qu’ils sont, certains rescapés sont pourtant contents de leur sort. Dans un article paru en octobre 2008 dans le journal anglais « The Independent », Johann Hari se souvient de sa rencontre avec une « miraculée » de ce terrible conflit congolais, Marie-Jeanne Bizimwa [1]. Cette congolaise de 27 ans est une de ces mortes-vivantes qui déambule le long des routes du Nord Kivu à la recherche d’un abri illusoire. Et en dépit du désastre que constitue son histoire, elle se dit chanceuse. Bien sûr son village a été brûlé et avec lui tout ce qui faisait son univers. Bien sûr elle a perdu son mari. Bien sûr sa sœur a été violée et est devenue folle. Mais elle et ses enfants sont encore en vie, et ce n’est pas rien… Mais dans quelles conditions ? Lorsque l’on observe ces 4 petits enfants trottiner à ses côtés, on remarque quelque chose d’étrange : ils buttent sur le moindre caillou et leurs regards fixes n’a rien de bien naturel. Aucun sourire, aucune parole ne sort de leurs lèvres. « En raison de la guerre, je n’ai pas toujours été en mesure de les nourrir » dit-elle. En conséquence, leur cerveau ne s’est pas développé et il ne le fera jamais. Elle demande dans un soupir, comme à elle-même : « Ils guériront bientôt ? ». Poursuivre la lecture

11/01/2009

Petite leçon malawite

Décidément certains sujets reviennent obstinément. Le triste et précédent article me rappelait à cette pitoyable marionnette d’Omar Bongo, celui-ci me ramènera à une autre, légèrement plus surexcitée, celle de Nicolas Sarkozy, et sur une de ses innombrables frasques dont il est spécialiste. Comme il le dirait lui-même : « je veux parler » de son fameux discours de Dakar de juillet 2007.

Dans ce « drôle » de discours, pas si étonnant qu’il y parait pour celui qui s’intéresse un tant soit peu aux rapports de la France avec l’Afrique, le paysan africain était ramené aux belles heures de l’homme préhistorique, du moins à celui qui ne se souciait pas encore de la fuite du temps, car il vivait dans un éternel retour. Bref cet ignorant ne connaissait pas les vertus du progrès. Il est sans doute inutile de se poser trop de questions et même de commenter ce dérapage présidentiel, ce ne fut qu’un discours politique. Il a eu toutefois la particularité de développer des idées étrangement contemporaines de ces fameux paysans imaginés. Poursuivre la lecture

20/12/2008

Adieu Charlène

Le système de santé au Gabon n’existe pas. Cet émirat tropical, dont la richesse pétrolière mais pas uniquement pourrait transformer son million et demi d’habitants en opulents rentiers, qui rendraient jaloux la plupart des saoudiens, se contente et se complait dans un vide assassin de tout service publique :
Un système éducatif qui part à la dérive, aucune infrastructure si ce n’est celle que commence à remettre en état la Chine en échange du bradage des ressources du pays, et quasiment pas de service de santé.

Je me suis déjà prononcé dans 2 autres textes [1] sur la plupart de ces points. Le pouvoir gabonais n’est pas vraiment différent de celui du Zimbabwe : les gesticulations cyniques et criminelles de Robert Mugabe n’ont pas grand-chose à envier à celles d’Omar Bongo. La seule différence réside dans le fait que Mugabe a obtenu le pouvoir et l’indépendance de son pays par la lutte, Bongo lui a été mis en place par la France de De Gaulle et de Foccart. Et ensuite maintenu et protégé contre ses opposants par tous les gouvernements français. Bien entendu maintenant cette affreuse marionnette coiffée de sa ridicule moumoute est indétrônable : Elle finance tous les partis politiques français depuis 40 ans, et tient désormais toutes les élites françaises de droite comme de gauche dans le creux de sa main. Notre courageux Sarkozy ne s’y est pas trompé : Le 1er chef d’Etat étranger qu’il a reçu à l’Elysée fut le président gabonais. Après avoir vilipendé la Francafrique lors de sa campagne électorale, il s’est empressé de tout oublier dès qu’il a compris de quoi il parlait. Ce n’est apparemment pas inutile de saisir ce que l’on dit, mais un politique ne s’embarrasse pas de ce genre de futilités.
Depuis, Omar le vilain est redevenu le bienfaiteur de sa nation et le patriarche des démocrates africains. Poursuivre la lecture

10/12/2008

Le syndrome Mugabe

Mugabe’s failed state is no longer willing or capable of protecting its people,” Mr. Brown said. “We are increasing our development aid, and calling on others to follow suit.” [1]

Pour quoi ou pour qui s’exprime ainsi Gordon Brown ? Il a été l’un des 1ers chefs d’Etats occidentaux à se prononcer sur l’épidémie de choléra au Zimbabwe, et c’est comme si tout l’appareil diplomatique de son pays n’attendait que cette triste situation pour se lâcher et enfin se faire plaisir. Dire tout le mal possible de Mugabe et se donner le beau rôle.

Et effectivement l’occasion est belle à quelques jours du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme de montrer que cet engagement humanitaire des pays regroupés au sein de la grande maison onusienne n’est pas un vain mot. Cette fois encore aucune démonstration ne sera nécessaire pour montrer la duplicité de tout cela et la portée universelle bien limitée de ce grand serment.

Et qu’à la suite du 1er ministre du Royaume-Uni, la Communauté Internationale attende les morts zimbabwéens pour commencer à intervenir dans cet Etat à la dérive, illustre la sincérité des diplomaties de nos pays riches, qui n’acceptent que la soumission des plus pauvres qu’eux, et ce par tous les moyens. Poursuivre la lecture

11/11/2008

Du Nord Kivu aux îles Chagos

Nous ne cherchons pas à justifier ces actions et ne cherchons pas à excuser la conduite d’une génération antérieure” : a déclaré David Miliband, le ministre britannique des Affaires étrangères à propos d’un jugement donné à la fin du mois d’octobre, sur l’affaire des îles Chagos. Le week-end dernier, il s’est certainement rendu à Goma, en RDC, avec les mêmes bonnes intentions et la même assurance.

Les actions et intérêts des nations sont et seront toujours défendus par elles-mêmes, quelques soient les erreurs et horreurs commises, intentionnellement ou non. Rien ne sera jamais sacrifié à cette règle. Si l’attention actuelle de la communauté internationale pour le conflit en RDC n’était qu’un rideau de fumée, cela serait plutôt sinistre mais pas vraiment surprenant. Les journalistes et diplomates qui nous bassinent avec une soi-disant escalade dans le conflit, sans justifier d’où ils sortent cette vérité, sont les porte-paroles de qui, de quoi ? Depuis dix ans que ce carnage ravage le Nord-est de la RDC [1], ce n’est pas l’imminence de la prise de la ville de Goma par les troupes de Laurent Nkunda qui fait monter d’un cran la violence parmi les populations civiles. Tout au plus cela conforte les positions de l’officier rebelle, qui pourrait pousser un peu plus au Sud ses envies politiques. J’imagine que c’est une partie des craintes de la communauté internationale. Mais je doute d’un tel scénario. Poursuivre la lecture

03/11/2008

Le gâteau congolais

« Le Lac Kivu est le fleuron du tourisme congolais ». Cette accroche est tirée d’une brochure touristique pas si ancienne que cela, et malheureusement pour ses riverains, ses 2700 km² d’eau douce et ses environs cachent une toute autre réalité, beaucoup moins joyeuse :

En 1994 le lac a été aux premières loges de spectacles biens tristes : un génocide s’est déroulé le long de ses rives rwandaises ; les hutu ayant participé de près ou de loin à ce massacre ont fui leur pays pour se réfugier en République démocratique du Congo, sous ses yeux ; enfin, en partie à cause de cette sortie, mais en partie seulement, depuis 1998 il est à nouveau témoin de l’enfer. Une très sale guerre se déroule presqu’à huis clos, tout au moins dans un silence occidental coupable, dans les deux provinces congolaises qui ceinturent sa rive Ouest, celles du Sud Kivu et du Nord Kivu. Poursuivre la lecture

26/10/2008

Hamba kakuhle Mbeki

L’Afrique a toujours eu en Occident, et en France en particulier, le même traitement médiatique absurde et trompeur que celui que l’on peut admirer actuellement à propos de l’économie. Il y a quelques semaines un personnage important a démissionné de son poste de chef d’Etat. Thabo Mbeki, président de l’Afrique du Sud, a été poussé vers la sortie par son parti l’ANC.

Quel grand média français s’y est vraiment attardé ou en a parlé de façon à intéresser un public un peu plus étoffé que celui des habituels maniaques du continent noir ? Poursuivre la lecture