Je t’aime moi non plus

Les accords de défense franco-africains mis en place dès les premières indépendances africaines dans le but officiel d’alléger le budget des nouveaux Etats qui s’émancipaient, ont abouti pratiquement à une (re)mise sous tutelle française de ces pays. L’imposition du Franc CFA a eu évidemment le même effet.

S’étonner ensuite que les pays d’Afrique francophone n’ont aucune armée et presque pas d’Etat parait bien naïf.

En intervenant au Mali, comme depuis tant d’années dans les pays d’Afrique francophone, la France continue une politique d’ingérence bien rodée.  Kouchner ou BHL croient avoir inventé ce beau concept, de droit ou de devoir, tout du moins ils essaient de le faire croire, mais il n’en est rien. Bien avant eux, le couple infernal des indépendances africaines (version française), De Gaulle-Foccart, a mis en place une véritable machine de guerre souterraine pour rendre sans effet pour les intérêts français, ces changements de pouvoir.

Des fantoches sans pouvoir, si ce n’est celui de malmener leur peuple, se sont dès lors succédés au sommet de ces Etats. Peu de personne ou presque en France n’a jamais trouvé cela dérangeant. Si ce n’est quelques idéalistes, enfin nommés ainsi. Que des africains subissent les conséquences de cette politique n’a jamais fait les titres des journaux. Pour la France il n’y a que des bénéfices, alors quoi ?

Au Tchad, au Cameroun, au Gabon, au Togo, au…, enfin dans presque tous les pays qui faisaient partie de la Grande France il y a encore à peine plus de cinquante ans, des parodies de pouvoir despotique règnent toujours. Lorsque quelques émigrés tentent de fuir une de ces « dictatures » tropicales, il est question de toute autre chose évidemment dans les médias : D’émotions, d’excitations, d’amusements, de grandeur de la France donc de la protection jalouse de ses frontières, … Mais de la dictature en place, rien. Les « stratèges néocoloniaux gagnent »[1] alors sur les deux tableaux : Politique intérieure et économie extérieure.

Que dire donc de l’intervention armée de la France au Mali ? Que rien ne change au pays des gaulois ? Bien sûr. Et si la France est conséquente dans cette énième action armée, malgré l’étonnement des journalistes et des blogueurs devant cette guerre française en terre africaine, comme si c’était la première, je le serais aussi (conséquent) en me mettant du côté des habitants (enfin ce que je pense être leur côté) qui subissent comme toujours les répercussions de nos aventures néocoloniales et impérialistes.

Car ils s’agit bien de répercussions. Inutile de produire de grandes théories et de chercher bien loin. D’Areva[2] à Bolloré, d’Idriss Deby[3] à Compaoré, pour ne citer que les meilleurs (!), tout est mis en place pour que des haines profondes s’enracinent. Facile de croire dès lors que tout est agencé pour que des intégristes de tout poil arrivent sur le devant de la scène. Scène bien préparée donc par nos intrigues babouzardes et d’industries, et bien nettoyée par une Algérie soudain bien peu regardante sur la sécurité de ses installations minières et stratégiques. Cette Algérie qui connait pourtant jusqu’au bout de la barbe ces intégristes musulmans, pour avoir été peut-être, pas étrangère à leurs « naissances »[4]. Cette Algérie-là devrait se méfier pourtant.

Une fois que l’on a dit tout cela, s’agit-il de jouer les sainte-nitouches en répétant « je vous l’avais bien dit » ? Ou de tenir de beaux discours pacifistes, bien en sécurité derrière son pupitre, en France et pas plus loin sans doute[5] ? Bien entendu, il faut être insensé pour vouloir voir couler le sang de tous côtés, mais est-ce une raison pour se désintéresser du sort des maliens ? Lorsque je parlais de cohérence, je pensais au prix que payent des peuples entiers du fait de nos actions. Pas plus.

Qu’ont bien pu faire la grande majorité des peuples africains, malien en l’occurrence, pour mériter un pouvoir toujours plus tyrannique, et pour passer d’un gouvernement de chanteurs d’opérettes corrompus jusqu’à la moelle, à celui qui lui était promis si chacun se contentait d’admirer le spectacle ? Car ces nouveaux despotes n’avaient, et n’ont, rien de vraiment libérateurs. Dans le cas contraire je me serais réjoui de leur épopée. Mais pas là.

Que nous soyons la cause et la conséquence de certains ravages, voire de tous, fallait-il pour autant rester les bras croisés et regarder attentivement le Mali se laisser peu à peu grignoter par cet intégrisme religieux pas vraiment tolérant ? Quand bien même il aurait le reflet clinquant de l’Arabie Saoudite ou du Qatar, qui financent aussi ces combattants musulmans, la perspective n’aurait rien de réjouissante.

De la suite de cette guerre, de l’installation ou non durable des forces militaires françaises au Mali, il y a sans doute beaucoup de doutes à avoir et de questions à se poser. La Françafrique n’est certainement pas morte et l’Occident pas encore prêt à reconnaître les ravages de ses actes. Mais cela ne doit pas nous empêcher de faire des choix, même si cela se limite à ceux entre une dictature religieuse et une dictature laïque. Laissons les experts médiatiques s’époumoner et ne tombons pas dans le piège de leur « érudition ». Le malien de Tombouctou, de Gao ou d’ailleurs, s’en fout de ces discours.

SylvainD.

(Article également publié sur Agoravox)


[1] Les guillemets sont là parce que je ne suis pas certain que les gouvernements français actuels apprécient ce cadeau gaullien à sa juste valeur.

[4] Certains s’interrogent sur les rapports de cercles islamistes avec les services de renseignements algériens (DRS). C’est le cas par exemple de Jeremy Keenan, anthropologue anglais ou de François Géré, notamment chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN).

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