Aide de camp Bourgi, au rapport

Illustration Chaunu - les valises de Bourgi

Comment peut-on accorder quelques crédits aux propos d’un personnage tel que Robert Bourgi ? Non pas lorsqu’il dévoile avoir été porteur de valises remplies de billets de banques, dons de présidents africains à quelques-uns de nos intègres chefs d’Etat de la république française.

Et lorsque ce triste avocat prétend qu’il agit parce qu’il veut soulager sa conscience de cette affreuse fonction qu’on lui aurait forcée de faire, quelle crédibilité lui accorder ? Car celui qui a travaillé pour nombre de despotes africains et qui appelait Omar Bongo « Papa », n’a pas toujours été sourcilleux.

Découvrir aujourd’hui ces liens incestueux entre la France et l’Afrique et s’en étonner est à la limite de la malhonnêteté, à moins que l’on souhaite ignorer comment fonctionnent nos hommes politiques, ce qui peut être aussi un choix.
Et il n’y a rien de nouveau dans ces remises d’argent, Robert Bourgi a dû le dire. J’écris bien « a dû » car je n’ai ni lu ni écouté ce qu’il a déballé ce week-end et n’en ai pas vraiment l’intention. Par contre, j’ai entendu le tumulte médiatique qu’il a provoqué.

Si actuellement Bourgi est un conseiller officieux de Nicolas Sarkozy, il est un vieux routard de la Françafrique[1]. J’estime ce personnage suffisamment malhonnête pour me passer de ses jérémiades. Et Robert Bourgi ne sait que se lamenter. Je l’ai vu plusieurs fois aux cotés de Bongo (père) et il le regardait comme un chien battu regarde avec tendresse son maître. Qu’il appelait donc « Papa ». Pas mal de travail de divans la-derrière, certainement. Et ce registre qu’il a constamment tenu avec tous les grands et petits despotes africains qu’il a servis, pour le plus grand bien de son compte en banque et de celui de la France, il continue de le tenir en prétendant vouloir soulager sa conscience ! Grotesque.

Coté politique, le maintien de registre est naturellement impossible à tenir (pour cela Robert Bourgi n’est pas un politique, malgré les apparences). L’indignation est à son comble, tous partis confondus. Dominique de Villepin est outragé : Le grand commis de l’Etat est vraiment offensé par « ces fariboles et écrans de fumée »[2]. Chirac quant à lui, sort de son anosognosie pour porter plainte. Et la gauche dans son ensemble est révoltée. Pourtant elle a dû bien les connaître ces valises sous le règne de François Mitterrand. En ces temps socialistes c’était le fils du président, Jean-Christophe, qui était à la manœuvre en Afrique. Moins de risque de fuites sans doute. Amusant d’ailleurs, encore une histoire de « Papa » : Jean-Christophe Mitterrand était surnommé « Papa-m’a-dit » par les africains.

Tout cela est bien triste. Nos hommes politiques et médiatiques, qui sont parfois les mêmes, sont si dépravés qu’ils n’imaginent pas que l’on puisse mettre en doute leur honnêteté. Plus précisément ils ont tellement une piètre opinion de leurs électeurs qu’ils pensent sans doute que la même comédie peut leur être servie, année après année. Ils ont peut-être raison après tout. Mais s’ils changeaient leur bobards de temps en temps cela pourraient nous divertir.

Il semble que l’écrivain Jean-Pierre Péan soit aussi de la fête[3]. Une vraie conjuration. De vraies révélations… Et en tout cas ces écrits et déclarations tombent à pic dans un agenda judiciaire français bien chargé. Clearstream bien sûr, comme le clame Villepin. Mais aussi Karachi, dossier bien plus encombrant pour Nicolas Sarkozy. Car il touche le financement de la campagne présidentielle de Balladur en 1995[4] et Sarkozy était alors Ministre du budget du gouvernement Balladur. Hasard de calendrier les fadaises de Bourgi, ce conseiller de Sarkozy ?

De Jacques Foccart à Robert Bourgi, en passant par Jean-Christophe Mitterrand, la liste des porteurs de valises et de délits d’Etat est longue. Il est inutile de reprendre ces derniers dans le détail. Celui qui veut les connaître le pourra facilement. Mais ceux qui désirent oublier ou faire les étonnés sont décidemment de pauvres bougres. Il suffit de se rappeler la dernière remise au pas de Jean-Marie Bockel par « Papa » Bongo[5], pour comprendre cette Françafrique que Sarkozy veut tant faire oublier. Surtout aujourd’hui où Paul Kagamé, le président rwandais, est en visite officielle à Paris. Lors du génocide de 1994, Nicolas Sarkozy était, entre autres fonctions, Ministre du Budget du gouvernement Balladur, comme on vient de le voir. Il connait donc également cet épisode africain. Pas mal de choses là aussi à pousser du pied sous le tapis. En se pinçant le nez.
Robert, de l’aide…

SylvainD.

Cet article est également publié sur AGORAVOX.

Illustration Chaunu - les valises de Bourgi
Illustration Chaunu – les valises de Bourgi
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Une réflexion sur “Aide de camp Bourgi, au rapport”

  1. Commentaire posté sur AGORAVOX le 13 sept 2011 à 14h29

    c’est un scoop percé déja publié en 2009(voir mon autre post) alors ça pu l’arnaque pour discréditer un autre candidat ,Sarko aurat besoin de tout les points de la droite pour pouvoir se retrouver au 2em tour a quand Borlo ou Morin ?? ,c’est une explication ,mais gare a l’arroseur arrosé .Quand on brasse la merde on est forcément éclaboussé.

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