Qui sème le doute

Mines AREVA au Niger (photo AFP)

Il en va de l’actualité comme de n’importe quoi d’autres : Tout se fait, se dit très vite. Et tout doit se ressembler. Les modes doivent leur succès à cet état de fait. Les crises aussi.

Au cours d’une émission de radio, deux scénaristes, Didier Lacoste et Pauline Rocafull, étaient interrogés à propos de leur dernier film « Qui sème le vent », thriller politique[1] (!)qui se déroule au Niger : Otages et exploitation de l’uranium, bref il est question d’Areva et de la Françafrique.

L’animateur de l’émission semblait médusé par le courage de ces deux auteurs en herbe. Dès le début de l’interview Didier Lacoste s’attribuait la paternité de la formule : « La France sans l’Afrique c’est un avion sans carburant. L’Afrique sans la France, c’est un avion sans pilote. »
L’animateur radio, apparemment de plus en plus charmé, demandait : « Comment nait une telle réplique ? ». Didier Lacoste hésitait :  » je ne sais pas, les mystères de la création »… Si celui qui interrogeait avait préparé son sujet, il aurait peut-être trouvé l’origine de cette jolie phrase[2]. Quant à celui qui s’émerveillait de sa créativité, il n’aurait peut-être pas osé jouer les mythomanes.

Ce pseudo-créateur en mal de reconnaissance fabulait-il pour gagner quelques « succès » dans les médias ou ignorait-il tout du sujet qu’il dénonçait dans son film ? Car dans cette dernière hypothèse, s’intéresser aux relations France-Afrique et ne pas connaître la « vie et l’œuvre » d’Omar Bongo, est plutôt curieux. Et que de tels auteurs (mythomanes par intérêt ou ignorants par manque d’intérêt) puissent diffuser leur documentaire sur ARTE est presque caricatural… Comment imaginer que le public visé par ces informations soit convaincu de l’ampleur des dégâts ? Et qu’il ne voit pas là que de la fiction ? Pas surprenant ensuite que les révélations d’un Robert Bourgi, porteur de valises, ne soient pas suivies de plus d’interrogations et d’enquêtes, et que les communicants en tout genre aient tant de facilité à les faire passer pour des anecdotes exotiques mais passées, quelques erreurs croustillantes mais pas plus… Alors qu’elles ne sont ni anachroniques, ni fortuites.

….

Le samedi suivant cette émission, une manifestation devant la gare Saint-Lazare (Paris) était organisée par des ivoiriens. Tout en brandissant des pancartes « Libérez Gbagbo », les manifestants se dandinaient sur une musique bien rythmée. Juste en face de cette foule chantante, des gens s’arrêtaient et observaient d’un œil incrédule cette agitation. Avec l’information qui nous a été servie en France sur les péripéties politiques de la Côte d’Ivoire, j’ose à peine imaginer les pensées profondes de ces spectateurs et les conclusions auxquelles elles ont abouti.

Pourtant il ne faut quand même pas oublier que pour une part non-négligeable des ivoiriens, la France est responsable de la chute de Laurent Gbagbo. Et même sans parler du coup de force des barbouzes françaises dans la résidence de l’ex-président le 11 avril dernier, ils n’ont pas complètement tord. L’histoire récente de la Côte d’Ivoire n’est pas simple et les intérêts hexagonaux ont trop longtemps butés contre ceux de Gbagbo. Les plus forts ont gagné. Le boulanger[3] a été bien idiot d’oublier les actions passées (qui ressemblent à celles du présent en l’occurrence) de la Fance en Afrique. Il est un piètre historien finalement[4]. Le peu de sympathie que l’on peut avoir pour cet ex-président ne change rien à l’ingérence « néocoloniale » qui démange toujours autant tous les gouvernements français.

Mais tout cela est évidemment bien trop complexe à comprendre et n’intéresse pas grand monde. Et comme plus près de chez nous, en Europe, le sort des grecs ne va certainement pas troubler nos ripailles de fin d’année, alors celui de la Côte d’Ivoire et des nigériens ! Divertissez-nous jolis médias, divertissez-nous… S’étonner ensuite que rien ne change, que rien ne s’améliore, parait quand même bien étrange.

SylvainD.


[1] http://www.franceculture.fr/evenement-qui-seme-le-vent. L’émission de radio : Le RenDez-Vous sur France Culture.

[2] Omar Bongo a popularisé une formule étrangement semblable. A la place de l’avion il parlait de voiture :  » L’Afrique sans la France, c’est la voiture sans le chauffeur. La France sans l’Afrique c’est une voiture sans carburant. » (Voir ici… et même sur Wikipédia).

[3] Il a été surnommé  ‘le boulanger », car en rusé politicien, il roulait apparemment tout le monde dans la farine.

[4] Laurent Gbagbo a fait des études d’histoire (Voir).

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