Quatorze juillet…

J’avais complètement oublié cette affaire.
Alors que je lisais plus ou moins laborieusement un article de presse, un fond sonore m’a soudain distrait et a rendu cette lecture de plus en plus hachée. De l’autre coté de ma fenêtre, dans les chambres d’hôtel, les télévisions sont gonflées à bloc sur les cérémonies du 14 juillet.
J’entends égrener le nom des chefs d’Etats africains, invités cette année à commémorer le cinquantenaire des indépendances de leurs pays. Je connais ces comédies politiques pourtant je suis agacé.

J’imagine toutes ces marionnettes tyranniques et souvent sanguinaires plastronner devant d’autres pantins. Les applaudissements que je perçois me donnent apparemment tord. Comme les commentaires enthousiastes des clients de l’hôtel d’en face. Toutes ces démonstrations du passé rencontrent encore une belle ferveur. Mais moi, la douce musique martiale des reportages cathodiques mélée aux passages des avions de guerre me dérange quand même.

Oh, il existerait un dieu, une punition divine devant toute cette propagande assassine ? Il se met soudain à pleuvoir des cordes. J’imagine les bidasses, dictateurs et autres majorettes… Et moi je pousse un peu mes fenêtres. Les résonances désagréables s’estompent un peu et sont remplacés par une berceuse si douce à l’oreille : la pluie qui frappe le sol. Cela ne perturbe en rien la fête, car maintenant ce sont les hélicoptères qui virevoltent dans un ciel bien chargé. Je les entends en direct, pas besoin de l’hôtel.

J’essaye de me remettre dans ma lecture, les fenêtres presque fermées. Mais c’est trop tard, mes vieux chevaux de bataille sont ravivés par ces trompettes de la mort, qui refont surface tranquillement de l’autre coté de chez moi. Biya, Compaoré, Déby, Nguesso, Bozizé, Gnassingbé, que de personnages détestables et de dictateurs à la petite semaine. Le peuple français semble heureux, c’est l’essentiel non ?

J’abandonne l’article et me lève. Sans savoir pourquoi je sors de chez moi et descend les étages. Je croise une voisine. Elle prend le frais. Accablée par la chaleur de la nuit et « enfin soulagée, dit-elle, par la pluie qui revivifie l’atmosphère« , elle paraît bienheureuse, là, sur le pas de sa porte. Par contre elle plaint ces pauvres trouffions qui défilent sur les Champs-Elysées. Je lui répond : « Et les abrutis qui les admirent ? ». Elle n’a pas saisi le compliment et s’apitoie aussi sur leur sort. « En plus ils verraient beaucoup mieux devant leur téléviseur. Ils sont de coté vous comprenez et c’est bien plus beau de face ». Je lui souhaite une bonne journée et remonte chez moi.

La pluie redouble, peut-être vont-ils cesser les parades ? Je n’entends plus que ce déluge salvateur et mes souvenirs prennent la place au matraquage national. Je me retrouve bien des années auparavant, enfant, en vacances dans une maison de campagne. Des trombes d’eau rebondissaient sur la toiture et la sensation de sécurité bien connue dans ces moments, me comblait de bonheur… Malheureusement les touristes qui se manifestent de nouveau bruyamment juste en face me sortent de mes rêveries. Les festivités doivent touchées à leur fin. Les bouffons de toutes nationalités vont pouvoir aller se sécher.

SylvainD.

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