Ils sont pauvres parce que…

A la fin du dix-neuvième siècle Otto Von Bismarck, premier chancelier de l’Empire Allemand, avait certainement compris que les tensions européennes étaient trop fortes pour être cloîtrées dans la petite Europe de l’époque. Peut-être n’était-il pas le seul à le penser, et peut-être n’était-ce pas là son unique motivation pour présider au découpage de l’Afrique.

Quoiqu’il en soit il fallait discipliner ces nations pleines de vigueur qui partaient à la conquête du continent noir. La conférence de Berlin de 1884 entérina ces folles aventures à venir, et les jeunes énergies patriotiques trouvèrent un terrain de jeu pour se défouler sans contrainte. Les guerres de 1914 et 1939 ne furent malheureusement pas évitées ; Le chancelier allemand est mort bien trop tôt pour pouvoir constater que son plan avait en partie échoué.

Les frontières africaines tracées sommairement par Bismarck et ses homologues européens ont survécu à l’épreuve du temps, et même si elles ne correspondaient souvent à pas grand-chose, la force du colonisateur et la propagande nationaliste embrouillèrent tous les peuples, qui défendent aujourd’hui becs et ongles et contre toute logique cet artifice qui les divisa et les affaiblit alors, et naturellement encore.

Il est trop facile aujourd’hui de se demander pourquoi des guerres surgissent et perdurent en Afrique plus souvent qu’elles ne disparaissent. Si chacun n’avait pas son opinion toute faite et mûrement réfléchie sur le sujet, ces frontières artificielles serait suffisantes pour expliquer pas mal de coups de canons ou de bâtons. Sans oublier bien entendu les manipulations ethniques qui font partie du lot « colonialisme » (Bismarck n’avait sans doute pas penser à cette autre division artificielle). Et comme les Etats, jeunes pour la plupart, de ce continent n’ont pas d’exutoire ultra-marin, les nationalismes décervelés sont donc contraints de jouer à domicile.

Si l’on se trouvait en Europe, la discussion serait close, mais non, les égoïsmes qui ont prédestiné à la transformation de nombreuses régions du globe en instruments de gloire et de richesse pour l’Occident, n’ont pas fini de sévir, bien au contraire. Le sommet de Copenhague qui vient de se terminer n’a été que la farce qu’il devait être et en est un exemple significatif. Les représentants des pays industrialisés ne tolèrent aucune concession sur leur consommation et quand bien même ils se retrouveraient les pieds dans l’eau, ils ne feraient rien tant que leurs concurrents ne bougeraient pas non plus. De grands enfants.

Malheureusement ces gamins irresponsables ne veulent pas voir les conséquences de leurs actes. De nombreux pays du continent africain paient déjà les pots cassés de cette déraison et de ce progrès occidental. L’exemple actuel le plus significatif est le Kenya. J’en ai déjà parlé. Des peuples entiers meurent à petits feux, sous l’indifférence de l’Occident tout entier, de ses représentants mais aussi de la plupart de ses habitants qui ne veulent rien partager. L’idée « ils sont pauvres, parce que nous sommes riches » devrait être une évidence pour chacun d’entre nous, profiteurs invétérés : Si tous les pays de la planète avaient pu se développer comme ceux du Nord, il est évident que nous ne serions plus là pour en parler, à moins d’avoir changer nos manies. Le réveil de la Chine est révélateur de cela et l’empire du milieu est désormais le bouc-émissaire idéal.

Dans ces conditions la perpétuation des conflits africains ne serait-elle pas une obligation ? Si rien n’est fait pour empêcher ces guerres « tribales », c’est peut-être après tout parce que certains (les enfants cités plus-haut) s’en accommodent. Moins d’habitants, enfin moins de consommateurs, n’est pas malvenu dans ce partage de gâteau qui devient de plus en plus problématique. Et ce qui est valable pour l’Afrique l’est évidemment pour la Chine, qui est accusée d’avoir sapée un avenir radieux. Et je ne suis pas aussi cynique qu’il y paraît : Ce qu’il n’est toujours pas démodé d’appeler néo-colonialisme, n’a pas un objectif très différent : Maintenir certains pays dans un état de dépendance et de misère souvent comparable à celui subit lors de conflits. Leur pétrole, leur uranium est le nôtre, il est interdit d’y toucher. L’esclavage et la colonisation sont toujours de saison. Et pour répondre par avance à quelques sceptiques : les élites prédatrices et corrompues aux manettes de ces pays ne sont que de riches marionnettes qui s’accommodent de rapine mais aussi de guerres.

Kenya_waterLe désordre climatique, s’il se confirme, exterminera les habitants des régions où les températures sont les plus extrêmes. Et bien entendu la mort annoncée des ours blancs et le pillage de réserves africaines par des affamés auront des retombées médiatiques plus importantes que la mort de millions d’humains. C’est déjà le cas. Et si le Kenya fait la manchette de certaines presses anglo-saxonnes, peu se préoccupe des sécheresses qui sévissent actuellement au Sud-Soudan, région qui se remet difficilement de vingt ans de guerre.

En 1957, à une époque où la France voyait s’effriter son empire, un futur président de la Vème république écrivait : « Sans l’Afrique, il n’y aura plus d’histoire de France au XXIème siècle« [i]. François Mitterrand n’a peut-être servi-là qu’une opinion populiste, mais lui qui se targuait de connaître l’histoire et qui s’est illustré tristement et cyniquement dans ses rapports avec l’Afrique, a pour une fois mon plein accord.

SylvainD.


[i] « Présence française et abandon ». F Mitterrand. Edition Plon, 1957.

Distribution d’eau au Kenya (photo IRIN)
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