Avec ou sans eau ?

J’entendais ce matin un auditeur de radio s’étonner qu’aucune information n’ait filtré en France sur les terribles inondations qui ont frappé certains pays d’Afrique de l’Ouest au début du mois de septembre [1]. Il paraît effectivement étrange que rien ou presque n’ait été écrit sur ces déluges.

Une des principales sources d'eau dans la région de Moyales - photo Sarah Elliott/EPA

 Les capitaines d’industrie qui font une partie non-négligeable de leur fortune dans cette Afrique francophone, et qui pour certains dirigent la presse hexagonale, dicteraient-ils la ligne éditoriale de cette dernière ? Ces catastrophes étant dues pour l’essentiel aux dérangements climatiques, il n’est sans doute pas très bon de le rappeler à des consommateurs souvent trop crédules.

Etrange différence avec les médias anglo-saxons qui relaient avec constance les problèmes que traversent l’Afrique de l’Est actuellement, et qui en attribuent clairement la paternité aux activités de notre monde moderne et à une de ses conséquences, le réchauffement de la planète.

Lors d’un précédent article [2] j’avais déjà évoqué les sécheresses qui  deviennent de plus en plus nombreuses et persistantes au Kenya. L’Ethiopie, elle, va sans doute traverser une famine très importante dans les mois à venir. Gageons que si les médias et politiques français s’y attardent, ce sera d’une part pour démontrer l’incapacité des gouvernements locaux à faire face aux catastrophes et d’autre part pour s’émouvoir de notre générosité mondialement reconnue. Ces éternels réactions et clichés restent toujours efficaces face à un auditoire captif et il est évidemment plus facile de juger et complimenter que d’imposer des mesures contraignantes pour ralentir nos activités polluantes : le consommateur est roi et les prochaines échéances électorales sont importantes.

Un autre cliché qui sera certainement martelé est que de tout temps des sécheresses ont frappé l’Afrique ; Il n’y aurait alors aucune raison d’accuser l’Occident et ses soi-disant pollutions . Oui peut-être, mais comment se fait-il qu’avant les années 1970 ces désastres apparaissaient tous les 10 ans, alors qu’actuellement ils surviennent une année sur 2, au mieux ? Car dans certaines régions du Kenya les plus durement touchées par ces sécheresses, aucune pluie n’est tombée depuis des années. La région du Turkana [3] est l’une de celle-ci et ses habitants, qui pourtant vivent depuis des millénaires dans des conditions extrêmes, voient leur existence menacée : leur terre s’est transformée lentement en désert. La majorité de leurs troupeaux n’a pas survécu, pas plus évidemment que leurs cultures vivrières. Cerise sur un gâteau déjà bien sinistre : des épidémies de choléra viennent de se déclarer dans le Turkana.

Quatre millions de Kenyans pourraient subir le même sort funeste si des pluies n’arrivent pas dans les mois à venir. Malheureusement ces averses tant attendues risquent d’être une autre calamité : Elles pourraient se transformer en déluge, comme en Afrique de l’Ouest il y a tout juste 10 jours, d’autant plus qu’un nouveau cycle El Niño est annoncé…

Pour que le peuple du Turkana, comme bien d’autres, soient sauvés, il faudrait entre autres choses essentielles que les gouvernants  soient un peu moins corrompus et plus honnêtes. Cela est valable pour ceux du Nord comme pour les locaux. Et qu’ils ne soient plus sans cesse préoccupés par leur querelles intestines, leurs pouvoirs et leurs clientèles. Mais cela est certainement impossible.

Et on sait comment les pays riches se comportent envers ceux qui le sont moins lors de périodes de famine  notamment : le Royaume Uni du XIXème siècle nous a montré l’étendue de sa générosité et de sa stratégie de puissance impériale [4]… Cette attitude n’est ni datée, ni réservée aux élites britanniques, loin s’en faut. Un peu plus de richesse ou de pouvoir suffit parfois.

Et en tout cas nos dirigeants français qui se targuent d’avoir démasqué les coupables de ces dérangements environnementaux, et qui font des grands moulinets de bras lors de sommets médiatisés comme ceux qui ont donné lieu aux accords de Kyoto (la grande messe de Copenhague en fin d’année sera sans doute une redite de ces agitations), ne semblent pas très émus par les conséquences de leur pollution. Leur supposée préoccupation pour la santé de la planète ne serait-elle que de la communication ? Comme cette fumeuse taxe carbone tellement ridicule qu’elle ne servira à rien sinon à gonfler la cassette royale ?

Un voyage va se terminer et il constituera une étape sombre sur la route d’une catastrophe écologique annoncée.

Un autre fait divers, qui s’est déroulé aux antipodes de l’Afrique, n’a pas non plus tenu une grande place dans la presse hexagonale alors qu’outre-Atlantique, encore une fois  étonnement, il constitue un évènement d’importance : Dans quelques jours et c’est une première, 2 cargos russes vont finir leur voyage commercial dans l’Océan Arctique. La fonte de la banquise permet dorénavant de rapprocher les continents, et en même temps qu’un gain économique non-négligeable, elle va marquer la fin d’un des derniers endroits préservés de la planète. Robert Corell, l’un des principaux climatologues nord-américains, comme d’autres d’ailleurs, nous avait prévenu: «Si vous voulez voir ce qui se passera dans le reste du monde, regardez d’abord vers l’Arctique. » Bientôt nous ne verrons malheureusement plus grand-chose…

Que les régions aux températures les plus rigoureuses du globe soient les premières touchées par les dérèglements climatiques est une évidence. Mais comme les plus gros gaspilleurs et pollueurs n’y vivent pas, l’urgence de revoir leurs modes de vies meurtriers n’a pas lieu. Ils peuvent dès lors continuer leur train-train habituel en faisant simplement quelques concessions ça et là pour garder bonne conscience et bonne figure.

En tout cas il est à parier que l’on souciera, comme c’est déjà le cas, certainement plus des tragédies dans les cercles polaires que des morts dans les zones trop chaudes de la planète. En haut il n’y a personne ou presque, alors qu’au centre il y a beaucoup trop de monde…

SylvainD.

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[1] voir mon article précédent

[2] Délestages kenyans et quelques absurdités

[3] voir entre autre un article du New York Times

[4] Fatal augure

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Une réflexion sur “Avec ou sans eau ?

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