Ali Bongo et autre déluges

De loin en loin de mauvaises nouvelles m’arrivent du continent africain. En décembre dernier c’est une amie qui mourrait parce que son pays lui refusait tout soin, par négligence et par désintérêt sans doute [1]. Hier soir un ami burkinabé m’annonçait que sa maison lui était tombée sur la tête à cause des pluies qui ont inondé  son quartier mardi. Et puis ce matin, j’ai appris le passage en force d’Ali Ben Bongo à la présidence du Gabon.

Ali le faussaire
Le Gabon, comme le reste du continent africain, semble maudit. Des amis gabonais avec lesquels je communiquais depuis quelques jours étaient enfin optimistes : ils croyaient sérieusement qu’une chance de s’en sortir était à portée de main et que le système de prédation qu’ils ont supporté durant les 42 ans de dictature d’Omar Bongo allait se faire oublier en même temps que leurs misères. Mais non, rien, toujours la même chose. Dans un texte qui date de plus d’un mois [2] j’écrivais que le successeur du vieil Omar lui ressemblerait étrangement. Malheureusement j’avais vu juste. C’était si facile à deviner. Le fils a remplacé le père. Pour la « ressemblance » c’était plutôt façon de parler, car le fils tiendrait plutôt du garde du corps que de feu Omar [3].

En tout cas maintenant qu’il est président, il ne cache plus sa joie. Et la France aimerait certainement pouvoir faire comme lui, elle qui craint par-dessus tout les changements en Afrique [4]. De peur sans doute que ses magouilles ne s’en ressentent.
Une similitude étonnante avec les évènements actuels au Gabon : la fraude électorale de Faure Gnassingbé en avril 2005 pour accéder au fauteuil présidentiel de feu son papa-dictateur Eyadema [5]. Dans les jours qui ont suivi cette accession au pouvoir togolais dans le sang, le seul pays européen à reconnaître la légitimité de ce fantoche au visage de catcheur (encore un) a bien sûr été la France. Cette belle France qui annonce depuis près de 2 mois, aux travers des médias français aux ordres dès qu’il s’agit de l’Afrique, que le grand favori des élections gabonaises est Ali Ben Bongo. Au Gabon, le nombre de ses supporters ne se comptent pas sur les doigts d’une seule main, mais presque.
Nul ne sait ce qu’il va se passer les jours prochains dans ce petit émirat tropicale, mais peut-être faut-il craindre le pire. L’Histoire ne se répète pas toujours à l’identique et cette fois-ci les gabonais ont l’air décidés de renverser la vapeur quelque soient les conséquences. Il ne faut pas oublier que depuis au moins la fin du 19ème siècle avec la colonisation française, ce peuple n’a jamais connu la prospérité ni la liberté qu’un petit pays aussi riche aurait pu lui procurer. Alors ?

Ouagadougou plage
Dans l’article précédent, j’évoquais les sécheresses qui frappent l’Afrique de l’Est, en partie du fait des changements climatiques. L’Afrique de l’Ouest connait juste l’inverse.
Mardi matin à Ouagadougou une pluie diluvienne s’est déversée de 4 heures du matin à midi. De mémoire de Burkinabé, personne n’avait jamais vu ou entendu parler d’un tel déluge. Résultat des courses : plus de 150 000 sans-abris et pour l’instant 5 morts, et ce rien que pour la capitale. Des maisons se sont effondrées comme des château de cartes.
Des pluies presqu’aussi importantes se sont produites dans le reste du pays, mais aussi au Niger et au Sénégal. Trop d’eau au Niger et au Burkina Faso !

Il ne sert pas à grand-chose de ressasser les mêmes litanies, pourtant je ne peux me résoudre à accepter et à voir les conséquences de systèmes mis en place à la seule fin d’enrichir une minorité. Les soutiens français à des dictatures africaines dans l’espoir de conserver des commerces juteux, dans le bois, le pétrole, l’uranium et autre minerai, sont criminels. Tout comme notre pollution, que nous entretenons sciemment depuis des décennies sans la moindre volonté d’y mettre un frein, et dont les conséquences frappent les pays pauvres en premier, car se trouvant dans des environnements climatiques plus extrêmes que les nôtres.

Un autre grand ami de la France, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, n’a pas manqué de verser une larme sur ses concitoyens victimes du déluge de mardi. En direct de Tripoli, alors qu’il dégustait des petits fours en hommage au 40 années de règne de Kadhafi, il a appelé la communauté internationale à venir en aide à son pays chéri. Un peu d’argent frais pour remplir sa cassette ne lui ferait pas de mal après tout. Rappelons que Compaoré est arrivé au pouvoir en assassinant son prédécesseur, Thomas Sankara, au grand plaisir si ce n’est à la commande de la France. C’était en 1987 et le coup d’état électoral d’Ali Bongo à la suite de celui du togolais Gnassingbé nous rappelle aujourd’hui que rien n’a vraiment changé.

SylvainD.

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[1] voir Adieu Charlène

[2] voir Courbettes gabonaises

[3] Lors d’un de ses récents déplacements, Ali Ben s’est fait accueillir par des acclamations qu’il croyait élogieuses. En fait le mot que prononçaient en cœur la fervente assistance signifiait « gorille » en dialecte local, que naturellement ne parlait pas Ali.

[4] Le soutien français au président tchadien Idriss Deby qui continue d’étonner toutes les diplomaties occidentales  ne peut se comprendre autrement. Quant aux autres soutiens, s’ils n’étonnent plus, ils sont une honte.

[5] voir Sentinelle que dis-tu ?

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