Universalisme en pays somali

Réfugiés de Mogadisio- Kismayo (photo IRIN)

En décembre 1992, la France des droits de l’homme se rendait au chevet d’une population somalienne à bout de force. Son représentant, Bernard Kouchner, sous les flash d’une presse opportunément à ses cotés, charriait sur une plage de Mogadiscio un sac de riz. La bande annonce nous montrait des enfants exsangues au bord de la mort. Redite biafraise pour le bon docteur.

Cet acte de communication fut une des premières caricatures de cet humanisme occidentale, dernier avatar en date d’une évangélisation forcée. Et si désormais les pères blancs ont changé de visages et de défroques, la volonté d’asservir au nom de valeurs universelles est toujours vivace. Le dominicain Bartolomé de Las Casas, plus de cinq siècles après avoir dénoncé la brutalité espagnole dans le nouveau monde, doit se retourner dans sa tombe. Rien n’a vraiment changé.En Somalie aussi, le temps semble s’être immortalisé : le chaos est toujours là, et le tout jeune gouvernement du président Sharif Ahmed parait bien démuni devant les milices islamistes Al Chaabab qui menacent de plus en plus la capitale somalienne. Les « conseillers » de toutes nationalités qui hantent depuis de nombreuses années les rues de Mogadiscio seraient-ils impuissants à changer quoi que ce soit ? Etonnant.

Et ce sont sans doute ces mêmes conseillers qui suggèrent depuis 1991 à l’ONU de ne pas reconnaître l’indépendance d’une province du Nord du Pays, le Somaliland. A mesure que les années passent, ce territoire qui ne peut demander aucune aide de quelque sorte que ce soit à la communauté internationale, voit une part de plus en plus importante de sa population sombrer dans cet islamisme qui agite tant de cols blancs.

Pourquoi refuser au Somaliland une légitimation officielle, alors que c’est l’une des rares régions dans ce pays à ne pas crouler sous la violence ? La crainte d’une contagion de revendication d’indépendance [1], qui est l’éternel argument des politiques et des médias, ne tient pas longtemps. Une telle attitude ne fait que reporter le problème plus loin ou plus tard. Ces empêcheurs de souveraineté le savent bien d’ailleurs : ce sont les mêmes qui ont donné l’indépendance au Kosovo. Mais bon, s’agissant de l’Afrique avec sa ribambelle de tribus, ce serait évidemment ouvrir la boîte de Pandore des ethnies. Drôle d’universalisme.

Hillary Clinton en balade ces derniers jours au Kenya, après s’être désolée que son beau pays ne soit pas signataire du traité instituant la Cour pénale internationale (CPI), ne s’est pas démontée en fustigeant l’Erythrée qui aiderait financièrement les milices Al Shaabab de Somalie. Elle a bien précisé qu’il est inadmissible qu’un pays s’insurge dans les affaires d’un autre. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais, en Somalie comme ailleurs. Il est vrai que pour une fois, il est probable que les Etats-Unis ne voudront plus intervenir militairement dans ce pays : L’humiliation qu’ils ont subi en 1993 [2] a dû laisser des souvenirs amers chez certains stratèges du Pentagone.

Qui saurait dire aujourd’hui quand et comment la Somalie retrouvera un semblant de paix ? Les pirates qui ratissent les eaux territoriales du pays ont sans doute de bonnes années devant eux. Et que ces corsaires de circonstance s’en prennent aux richesses qui passent sans aucun scrupule [3] le long de leurs côtes est finalement préférable aux bateaux-usines du monde entier qui profitent d’un état absent pour déverser des déchets de toutes sortes dans les eaux territoriales somaliennes. Pour le coup, je parierais sans trop de risque qu’au Somaliland aucune ordure industrielle n’a jamais été vue… enfin pour l’instant.

La Somalie est l’un des seuls états africains à avoir fait table rase des langues coloniales. En favorisant l’émergence d’une langue nationale commune, le Somali, elle a aussi compliqué tout contact avec le monde extérieur en commençant par celui avec les anciennes puissances coloniales. Cela expliquerait-il pourquoi le bel universalisme humanitaire et occidental peine tant à s’affirmer dans ce pays ? Ce serait un peu tiré par les cheveux mais ce qui est certain c’est qu’ici comme dans de nombreux pays cette nouvelle religion humaniste, qui se complait à tout mélanger et à ne pas vouloir sortir de ses certitudes, fait de beaux dégâts.
 

SylvainD.

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[1] La déclaration d’autonomie du Puntland (depuis 1998), région à l’Est du Somaliland, ne peut être avancée : il s’agit plutôt là d’une tentative de refaire de la Somalie une république fédérale.

[2] L’opération « Restore Hope », considérée comme l’une des premières interventions menée au nom du droit d’ingérence humanitaire et par nos éternels va-t-en guerre, les Etats-Unis, voulait sauver la Somalie de l’anarchie. Déjà la grande démocratie ne doutait de rien : l’opération tourna vite à la guérilla urbaine dans la capitale, Mogadiscio, et naturellement au fiasco pour les forces nord-américaines. Répétition d’autres tragédies à venir.

[3] Voir un autre article : Fatal augure.

Réfugiés Mogadiscio (Photo IRIN)
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Une réflexion sur “Universalisme en pays somali”

  1. Oui effectivement ton histoire SylvainD est un peu tiré par les cheveux, la Somalie est un pays de sauvages, pas besoin d’autre explication…

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