Papa Sassou

Le décès d’Omar Bongo n’a pas signé la mort politique de son beau-père et président du Congo Brazzaville, Denis Sassou Nguesso. Au Gabon, suite à la mort du petit Timonier, il se disait des tas de choses bien sûr, mêlées d’espoir et de crainte, et notamment celle-ci : « Sassou est fini, sans les dollars de son gendre il n’a plus qu’à se retirer, il ne sera jamais réélu ».

Pour une fin, c’est une sortie en grandes pompes que nous a servie Sassou : Réélection avec 78,6% des suffrages pour un taux de participation s’élevant officiellement à 66%… les deux chiffres sont sans doute aussi farfelus l’un que l’autre, mais peu importe. Rien de neuf. Par contre l’illusion de mes amis gabonais qui croyaient que les ficelles de Brazzaville n’étaient tirées que de Libreville, révèle malheureusement que les discours politiques de certains dirigeants français sont écoutés et acceptés comme tels.

Le nombre de personnalités politiques françaises qui ont défilé ces derniers jours dans la capitale congolaise fait penser que Sassou a encore d’autres soutiens. Et contrairement aux promesses d’un président éternellement en campagne électorale les appuis français aux dictateurs africains ne sont pas révolus. Ils reprendraient même des couleurs. Les intérêts économiques hexagonaux en Afrique semblent n’avoir jamais eu autant d’importance, et les Bolloré et autres Total ne vont sans doute pas se plaindre d’avoir un service marketing aussi prestigieux, composé pour partie de certains affairistes de la classe politique française, en commençant bien sûr par son commandant en chef. L’engagement de Nicolas Sarkozy que mes amis gabonais, mais pas seulement malheureusement, ont cru, c’est évidemment que les maguouilles franco-africaines étaient terminées. Bien sûr, le président n’a rien fait de plus que répéter les discours oiseux que débitent depuis des années nos experts et diplomates en tout genre. Mais lorsqu’il s’est rendu compte que sa promesse ne pouvait être tenue, ou peut-être simplement que sa position de chef était bien assise, il a apparemment donné un coup de pouce en sens opposé dans les coulisses.

Parmi ce défilé en terre congolaise [1] venu tresser des louanges à Papa Sassou et casser du sucre sur le dos de Miguel Amado, chef de délégation de la commission européenne, qui a eu la naïveté de penser et dire que les élections congolaises pourraient ne pas être transparentes, il y a eu notamment : Jacques Toubon, Patrick Gaubert (président de la Licra et ancien conseiller de Pasqua) et deux autres députés UMP. Et bien sûr tout a été mis en place pour que rien ne vienne gâcher cette belle harmonie le jour de l’élection, entre autres en empêchant la presse internationale de faire son travail. J’ai déjà parlé dans d’autres textes [2] du ridicule de la politique de Sassou Nguesso qui totalise 25 ans de pouvoir autoritaire à la tête de son pays. Pouvoir démocratique évidemment pour nos pétroliers, nos raseurs de forêts et nos élites, mais pour le peuple qui subit les dérangements de ce despote, pas vraiment. Le personnage est grotesque et violent et je resterais toujours étonné devant l’aplomb des hommes politiques, français en l’occurrence, qui portent aux pinacles de tels escrocs. Mais bon, ce doit être le métier qui veut cela.

Autre bouffonnerie : Depuis hier, Paul Biya, le président à vie du Cameroun, est à Paris pour une visite officielle de 4 jours. Cet autre grand démocrate, ami de la France, de Bolloré, de Séguéla et d’autres commerçants honnêtes, va sans doute être reçu comme un prince. Après avoir maté dans le sang il n’y a pas si longtemps des émeutes de la faim dans son pays, et modifier la constitution camerounaise pour pouvoir se représenter indéfiniment en tant que chef d’Etat, rien de plus normal. Il est certain que la France essayera à cette occasion de rattraper ses récentes absences en terre camerounaise, et il serait surprenant que Vincent Bolloré ne soutienne pas cette joyeuse réconciliation en publiant une biographie ripolinée de Biya dans un de ses journaux gratuits.

La Françafrique est bien morte, c’est certain. Pour s’en convaincre encore un peu plus, une dernière preuve : Sur la vingtaine de candidats qui se présenteront aux présidentielles gabonaises le mois prochain, un seul a été reçu officiellement à l’Elysée : Ali Ben Bongo. Pourtant depuis plus de 6 mois, ces mêmes politicards qui ont accueilli ce fils d’Omar clamaient haut et fort qu’ils ne « soutiendraient » jamais une suite dynastique au Gabon… Un oubli sans doute. Et puis c’est tellement compliqué toutes ces histoires africaines… Vraiment…

SylvainD.

[1] voir « Toubon et compagnie, meilleurs amis du Congo de Nguesso »
[2] La croisière s’amuse, notamment…

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