Courbettes gabonaises

Libreville @ Photo IRIN

Certains croient bon d’affirmer que les colonies ont été un fardeau pour les pays européens qui ont eut la grandeur et l’humanité de prendre en charge tant de pays exotiques. Et pour preuve, disent les plus informés, les pays de l’hémisphère Nord n’ont que très rarement désirer ces territoires outremers : ce seraient les commerçants qui leur auraient forcé la main.

Vrai ou faux, le fardeau n’en a jamais été un. Evidemment. Et l’acharnement des anciennes puissances coloniales à garder la main sur des pays désormais indépendants nous dit tout le contraire que cette soi-disant corvée.

Le discours actuel des politicards de tout poil en France, qui affirment que leurs rapports de voyous avec les anciennes colonies française en Afrique sont désormais révolus, n’ont pas peur du ridicule.
La semaine dernière, la rédaction de Radio France International a été « contrainte » par l’Elysée de diffuser 3 heures en direct du Gabon pour les obsèques d’Omar Bongo. Et ce sur les antennes RFI du monde entier. Aucun président, français ou non, n’a jamais eu cet honneur. Faut-il que le jeux en vaille la chandelle ? Certaines de nos anciennes colonies méritent apparemment des courbettes.

De Gaulle en installant au début des années 60 le système néocolonial que l’on appelé au fil des années la Francafrique craignait plus que tout de perdre l’influence hexagonale sur l’Afrique francophone. Les raisons principales de cette grande et secrète affaire étaient les mêmes qu’aux origines de nos balades en pays tropicaux : le commerce. A l’écoulement facile et forcé des produits manufacturés invendables en Occident, s’ajoutait plus que jamais l’accaparement des matières premières. Bien sûr il n’est pas impossible que le bonhomme croyait aussi au prestige de son beau pays et certainement encore au devoir civilisateur de l’homme blanc, mais ces motivations-là n’ont certainement pas été très importantes sur le terrain. Une des premières et tristes démonstrations de cette politique gaullienne de barbouzes (guerre du Biafra de 1967 à 1970) est révélatrice de cela. Et si cette tragédie nigériane a mal fini, on ne peut pas en dire autant d’une autre de ses initiatives : Placer Bongo sur le trône gabonais.

Si quelques uns de ses successeurs ont soufflé un peu moins fort dans la trompette de sergent-major,  d’autres sont restés apparemment fiers et jaloux de voir le drapeau tricolore flotter loin de nos frontières. Cette fierté a fini parfois dans le sang et le carnage. La plus affreuse illustration s’est déroulée au Rwanda, mais est-elle la seule ?

Pour en revenir au Gabon, il se dit à Libreville que les rares travaux que Bongo ait entamés pour son pays lui ont été soufflés par son prédécesseur et premier président gabonais qui suivit l’indépendance du pays, Léon M’Ba. Entamés bien sûr, car en 42 ans de pouvoir il n’a rien pu terminer. Etrangeté du passage du temps. La misère gabonaise, c’est d’abord et avant tout Omar Bongo qui en est le grand architecte. Et lorsque j’entends les politiques et médias d’un certain nombre d’Etats, en commençant par le nôtre, louer la grandeur d’âme de ce despote  (voir l’article précédent) je ne trouve pas cela drôle. Il suffit de passer quelques jours au Gabon, en sortant bien sûr des chics quartiers de Libreville, pour comprendre la malhonnêteté de ces affirmations.

Que deux présidents français se soient rendus aux obsèques de Bongo, n’a bien sûr étonné que peu de monde. La présence de Chirac, le grand et lymphatique Chirac, était une évidence : Il doit une grande partie de sa fortune en politique au généreux Omar. Quant à Sarkozy ? S’il s’était excusé pour ne pas se rendre à ces funérailles il aurait au moins trouvé le moyen de se faire remarquer comme il aime tant, et cela lui aurait éviter d’essuyer la flopée de sifflets qui l’ont accueilli à Franceville. C’est étonnant qu’il n’y ait pas pensé. Mais il est certain que le vieux avait de quoi le fasciner : gouverner un Etat pendant toutes ces années sans opposition sérieuse,  grâce à une méthode enfantine : payer et faire rentrer tout opposant un peu dangereux dans son gouvernement. Cette stratégie de petite frappe, n’a-t-elle pas inspiré Sarkozy ?

Au-delà de ces magouilles, il est évident que la mainmise de l’Etat français sur nombre de pays africains n’est pas près de finir. Sans oublier que les chinois, depuis leur arrivée massive en Afrique, avec leur besoin vital de matières premières, affolent tout le monde. Cela justifie sans doute plus que jamais les soutiens véreux à des dictateurs comme Bongo, qui obligent fatalement à des politiques qui mènent ces pays tant désirés à la faillite.

Les puissances colonisatrices sont arrivées en Afrique souvent contraintes par des marchands de pacotilles. Elles y sont restées durablement pour s’accaparer de ressources bon marché, humaines ou non, et enrichir leurs pays à peu de frais et sans trop de contestations. Bien entendu elles l’ont fait et le font encore avec l’aide des éternels mêmes commerçants. Qu’ils s’appellent Bolloré, Bouygues ou Total ne changent rien à l’histoire : ce sont toujours de vulgaires marchands de pacotilles qui prospèrent sur la misère et trop souvent dans le sang.

…….

Dans la foule massée aux abords de l’aéroport Léon M’Ba de Libreville, qui attendait le retour d’Espagne du cercueil de grand timonier, il se murmurait souvent la même phrase « paix à son âme »… Etrange idée pour cette homme qui a fait tant de mal et de dégâts.

Mais peu importe Bongo après tout, nos marchands sont bien là et je parie que le successeur du vieil Omar lui ressemblera étrangement.

SylvainD.

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