Areva au Niger

Touareg au Niger - Photo IRIN

Par hasard, certainement par hasard, Mamadou Tandja lors de la courte visite de Nicolas Sarkozy au Niger s’est exprimé clairement sur ses ambitions : « Je me représenterais une troisième fois pour me succéder comme président de mon pays si on me le demande« .
Inutile de se poser trop de question sur l’identité du « on », ni sur la relation avec le propos de Nicolas Sarkozy, qui venait d’affirmer dans un de ses discours bien récité et mal joué dont il a le secret, qu’il se félicitait de la bonne tenue démocratique du Niger… qui ne permet pas à un président d’effectuer plus de 2 mandats.

De toute façon Nicolas Sarkozy ne s’est pas rendu en Afrique pour les droits de l’homme et autres amusements constitutionnels mais en tant que représentant de commerce. Pour cette visite nigérienne il a mis sa casquette de VRP d’AREVA. Anne Lauvergeon, présidente du groupe, doit se féliciter d’avoir une telle équipe commerciale.

Bien sûr, certains esprits soupçons pourraient me dire : « Quoi de répréhensible que de vendre les entreprises françaises à l’étranger ? » Rien sur le principe, bien sûr. Sauf que, lorsqu’elles sont à l’origine de saccages environnementaux et de supposés troubles politiques, ce n’est pas très honorables.

Evidemment l’entreprise que dirige Anne Lauvergeon ne pollue pas sciemment les alentours des mines d’uranium qu’elle exploite : Il n’est pas si simple d’extraire ce minerai, et cela coûte beaucoup d’argent de rester propre. Bien entendu. Et si les ouvriers n’ont pas toujours des protections, c’est sans doute qu’il fait trop chaud en Afrique. Mais comme le Niger n’est pas la France on peut se permettre de ne pas être trop regardant… enfin un peu moins regardant : Les activités françaises d’AREVA, comme celles de l’un de ses ancêtres, la COGEMA, laissent aussi à désirer en terme de pollution, et de bons services de communication ne sont pas superflus. Dernier évènement inquiétant : en juin et juillet dernier, des fuites se sont produites dans des centrales nucléaires françaises gérées par AREVA. Combien de médias français ont rapporté sérieusement cette information ?

Pour en revenir au Niger, l’uranium ne profite manifestement pas aux habitants du Nord du pays, où se trouvent les zones d’extraction. Il suffit de visiter la ville d’Arlit, par exemple, pour se rendre compte que les retombées de cette manne minière n’a pas que des effets bénéfiques. A condition évidemment que l’on prenne le temps de sortir des quartiers flambants neufs où vivent les expatriés qui travaillent dans les mines… ou de suivre les convois de transport du Yellow Cake (concentré d’uranium).

Les Touaregs

De nombreux gouvernements nigériens, et celui de Tandja ne fait pas exception, ont eu des difficultés de compréhension avec les Touaregs. Ces nomades un peu trop indisciplinés déplaisent fortement aux pouvoirs qui n’apprécient pas vraiment les mouvements de population. Les affrontements entre l’Etat nigérien et les Touaregs est un vieille histoire.
Et ce qui n’arrange rien dans le rapport des nomades avec Niamey c’est qu’ils vivent et se sédentarisent principalement dans les régions d’extraction du minerai. Parmi les revendications qui irritent le gouvernement, ils demandent, et ils ne sont pas les seuls, que l’argent d’AREVA soit pour partie redistribuée aux populations et profitent aux infrastructures du Nord du pays. Ce qui paraît farfelu à Tandja.

Je ne serais pas surpris qu’AREVA et la France jouent de cet affrontement. A plusieurs reprises l’entrepreneur français a été accusé par l’Etat nigérien de financer l’effort de guerre Touareg. Le journaliste Mossa Kaka, qui est correspondant pour RFI, n’a-t-il pas payé pour ces supposées magouilles aréviennes ? Une année passée en prison pour avoir interviewé une rébellion Touareg, paraît bien sévère. Au moins cela montre à Nicolas Sarkozy la bonne tenue démocratique du Niger.
Mais peu importe les âneries débitées par Sarkozy, comme peu importe que ces accusations contre AREVA soient ou non la vérité : les manœuvres barbouzardes de la France en Afrique sont trop souvent stupides et inversées du jour au lendemain.

En tout cas le fait que les Touaregs vivent là ne doit certainement pas contrarier AREVA, qui disposent ainsi d’une main-d’œuvre souple et saisonnière : Les Touaregs travaillent une semaine, un mois et puis s’en vont. AREVA s’en plaindraient, parait-il ! Les syndicats ouvriers doivent lui manquer je pense… Et tant que ce seront des Touaregs qui réclameront de meilleures conditions de travail et de redistribution pour la région, il est certain que cela ne coûtera pas trop cher à notre belle entreprise française. Le gouvernement nigérien y veillera. Les mêmes esprits soupçons que précédemment pourraient me dire : « Est-ce de la faute de la France et d’AREVA si les dangereux Touaregs vivent là ? » Evidemment non, évidemment non.

Comment se fait-il d’ailleurs que ces esprits soupçons le soient moins, voire plus du tout, lorsque ces magouilles se déroulent en France ? Ne faut-il pas s’étonner que la présidente d’AREVA, encore elle, puisse déclarer tout et n’importe quoi à propos de fuites nucléaires que j’évoquais plus haut, notamment dans la centrale du Tricastin en juillet 2008 (« une fuite n’est pas grave, tout est maîtrisé ») ? L’état français a-t-il dit quelque chose, mené la moindre enquête ? A l’heure où des dérèglements climatiques (ou des terroristes !) pourraient provoquer de graves catastrophes, il est plus sage de ne rien remettre en cause.

Finalement qui s’intéresse aux méthodes archaïques et autres manipulations politiques d’AREVA dans le nord du Niger ? Pas grand monde évidemment, car l’Etat veille : Il y va de l’indépendance (à moindre frais) énergétique de la France, pour qui l’uranium du Niger est une aubaine… et classé Secret d’Etat. L’opinion publique française, comme ses médias, bien disciplinés, ne disent rien, et il est évident qu’ils ne veulent rien y comprendre. Il est étonnant d’ailleurs que personne (ou presque) en France ne connaisse le prix de revient du kilowattheure produit par nos belles centrales nucléaires, fleurons de la technologie française, et je ne serais pas étonné que même avec les belles affaires minières nigériennes, il soit plus cher à produire que le gouvernement français veuille bien le reconnaître.

Heureusement les nigériens ne sont pas trop gourmands. Quant à Tandja il a bien fait de rassurer notre représentant de commerce sur sa longévité à la tête de l’entreprise NIGER. Et Nicolas Sarkozy a raison de nous répéter que la Françafrique est morte et enterrée : lors de son arrivée au pouvoir en 1999, Tandja n’avait pas les faveurs de la France… il avait été élu démocratiquement suite à l’assassinat du général (dictateur) Ibrahim Baré Maïnassara, protégé et admirateur de la France. Les temps ont changé c’est évident.

SylvainD.

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