Disc Jockey, pasteur et entourloupes

Andry Rajoelina (sources www.rue89.com)

On prend les mêmes et on recommence. L’histoire malgache se répète et moi aussi. Dans un précédent article [1], je m’étonnais déjà de cette redite de l’actualité, mais je ne pensais pas que tout irait si vite. Un disc jockey s’est donc installé sur les Hauts-Plateaux.
Andry Rajoelina (sources www.rue89.com)

On dit Andry Rajoelina surdoué, de quoi, nous verrons bien, mais son surnom TGV n’est pas usurpé [2]. En quelques semaines il a pris la place de son prédécesseur Ravalomanana, qui ne doit pas vraiment comprendre ce qui lui arrive. Lui qui affirmait encore il y a quelques jours qu’il ne démissionnerait jamais, il a apparemment déchanté. Tout comme son opposant qui jurait qu’il ne voudrait jamais du pouvoir. Ils n’ont aucune suite dans les idées ces politiciens ou bien ?

Mais peu importe toutes ces idioties, car comme toujours le principal intéressé, celui pour qui sont tramés officiellement tous ces beaux serments et énervements, essuie les pots cassés. Comme toujours le peuple est ignoré et continue d’être balloté à gauche puis à droite.

Depuis les tragiques évènements de 1947, où l’Etat français a maté des velléités d’indépendance à Madagascar en tuant plusieurs dizaines de milliers de malgaches, jusqu’à Ratsiraka puis Ravalomanana, ce sont toujours les mêmes qui ont trinqué. Ils ont trinqué avec plus ou moins de ferveurs, plus ou moins d’espoirs, mais ils ont toujours trinqués. Je ne sais pas si les habitants de la Grande Ile ont vu leur vie s’améliorée après toutes ces luttes, mais je parierais sans grand risque que ce n’est pas le cas. Est-ce que cela sera différent avec ce nouveau venu de 34 ans au visage d’ange ? Laissons-lui par civilité le bénéfice du doute. En tout cas je serais à moitié étonné qu’il utilise le délai de 24 mois avant les prochaines élections pour modifier la constitution malgache. Cette dernière n’autorise pas qu’un citoyen de moins de 40 ans se présente à la présidence. A moins bien sûr qu’on ne lui en laisse pas le temps.

Finalement celui qui est devenu milliardaire en vendant des yaourts n’a peut-être eu que le tort de ne pas savoir communiquer. Erreur que ne commettra certainement pas Andry Rajoelina qui tient justement sa fortune de la Communication. Et il n’est pas impossible que les tireurs de pousse-pousse, qui envahissent certaines villes et bourgades de Madagascar, continuent d’espérer dans leur travail de bagnard une compensation à leur misère.

Quant à l’ancien président malgache, l’Amiral Didier Ratsiraka, ses espoirs sont certainement moins futiles : Ce réfugié « politique » qui doit se languir de sa vie de pacha en France, aura eu au moins le mérite d’avoir été la goutte d’eau qui a fait débordé le vase en donnant involontairement (?) le départ de la fronde qui vient de s’achever :
Suite à la diffusion il y a quelques mois d’un interview de l’Amiral sur une chaîne de télévision appartenant à Andry Rajoelina, Ravalomanana a fait fermer le média en question. Dès lors notre disc jockey s’est transformé en martyr, et naturellement le peuple qui aime bien les saints a fait le reste… sacré Ratsiraka.

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En parlant de saints et pour changer de longitude, le Chrétien en chef, Benoit VI, n’a pas l’air de vouloir beaucoup de bien à son prochain. S’exprimant sur la propagation du VIH-Sida, il a déclaré « qu’on ne peut la résoudre avec la distribution de préservatifs, et qu’au contraire cela accroît le problème« . Rien d’étonnant qu’une certaine église arc-boutée sur des principes d’un autre âge affirme de telles idioties, mais quel besoin de le proférer quelques heures avant un voyage en Afrique ? Est-il bien utile de rappeler à ce brave homme que 67 % des personnes vivant avec le virus et 72 % des décès dus au sida en 2007 se trouvent sur le continent africain ? Et que près de 90% des 2 millions d’enfants de moins de 15 ans porteurs du virus vivent en Afrique subsaharienne ?

Naturellement et malheureusement cela n’a pas empêché qu’une foule immense vienne acclamer celui qui a déclaré être venu en « pasteur » (!) à Yaoundé. Qui, pour continuer à aligner les inepties, a confié sa joie d’être arrivé dans un pays de paix et de tolérance. Paul Biya, le président camerounais, qui était à ses cotés a dû s’étrangler de bonheur.

Tous ces politiciens et autres chefs communautaires feraient mieux de raser de la planète ceux qui, à leurs yeux, ne sont pas rentables, cela aurait au moins le mérite d’éviter des souffrances et de faux-espoirs à bien du monde. J’imagine que ce qui les retient c’est la peur de perdre tous leurs soupirants. Il est quand même affligeant que les Hommes se laissent berner sans cesse par tout un tas de fictions, dont la démocratie serait le dernier avatar.

Derniers mots sur Madagascar : Devant les doutes de certains [3] sur la légitimité de la brusque évolution malgache, le chef du gouvernement transitoire nommé par M. Rajoelina, Roindefo Monja, a défendu son camp : « Qu’ont-ils à dire à propos d’une lutte pour la liberté et la démocratie ? Quel crime a été commis ? (…) Nous expliquerons notre cause au monde entier (…) Le peuple a réclamé la liberté, les militaires se sont ralliés au mouvement populaire mais n’ont pas pris le pouvoir (…) Nous sommes sûrs que la communauté internationale comprendra. »

Je suis de son avis, je pense qu’elle comprendra.

SylvainD.

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[1] Un jeu malgache
[2] Ce surnom est inspiré du sigle de sa formation politique Tanora malaGasy Vonona (Les jeunes malgaches décidés)
[3] Nicolas Sarkozy, grand défenseur des droits de l’homme en terre africaine, a dénoncé cette alternance et a même proposé aux autorités malgaches de juger Ravalomanana si nécessaire. Lui non plus ne craint pas les inepties. Que ne se fait-il la main sur le sans-papier Ratsiraka ? A moins que… (voir la dernière phrase d’Un jeu malgache)…

Andry Rajoelina (source rue89.com)
Andry Rajoelina (source rue89.com)

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2 réflexions sur “Disc Jockey, pasteur et entourloupes

  1. Je loue l’engagement du peuple malgache, quand bien même cela donne l’impression d’un éternel recommencement de l’histoire, une sorte de « on prend le même et on recommence ».

    Cette façon de s’impliquer pour trouver des solutions aux questions politiques manque encore au Congo. Le peuple congolais ne sait pas toujours bien demander des comptes à ceux qu’il a mandaté. C’est pourquoi les partis politiques, aujourd’hui, prennent le dessous. Ils contrôlent les élus et imposent la discipline du parti, aux risques pour le contrevenant de perdre sa place.

    Bravo au peuple malgache !

    Néanmoins, il doit rester vigilant et doit forcer le nouveau homme fort, non pas à s’engager dans une transition à sa manière, mais à chercher à sauver ce qu’il reste encore de l’ordre constitutionnel malgache.

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