Un jeu malgache

L’histoire rejouerait-elle un tour aux malgaches ? A moins d’une décennie de distance, on prend presque les mêmes et on recommence. Marc Ravolomanana, l’actuel président, est chahuté par le tout jeune maire d’Antananarivo, comme il avait chahuter en 2002 son prédécesseur, Didier Ratsiraka. Il est vrai que Ravalomanana se battait alors pour prendre la tête d’un pays où il venait de gagner les élections présidentielles…

Jusqu’à la fin des années 2000, les malgaches vivaient difficilement dans la douce démocratie de l’Amiral-président, Didier Ratsiraka. En 20 ans de pouvoir celui qui se faisait appeler l’Amiral Rouge se comportait en despote éclairé, et seul notre grand pays des droits de l’homme le prenait pour un démocrate. Naïveté française sans doute. En tout cas, le peuple malgache bien que tolérant et paisible commençait à réclamer le départ du démographe [1].

Arrivent les élections de décembre 2001 que naturellement l’Amiral perd. Il modifie alors les résultats pour imposer un 2ème tour (Ratsiraka 2001 et Mugabe 2008, même combat…). Quant à la Communauté Internationale, subitement guidée par je ne sais quel intérêt (?!), elle n’accepte pas non plus l’issue des votes : Les ancien et nouveau présidents doivent se plier à la médiation d’Abdoulaye Wade, le président sénégalais. Médiation qui aurait conclu en un partage de pouvoir : Didier Ratsiraka resterait président et Marc Ravalomanana deviendrait premier ministre. Encore des relents par avance en provenance du Zimbabwe ?
Finalement le pouvoir français, pardon la Communauté Internationale est contrainte par un jeune démocrate enflammé, qui vient de prendre la tête de la plus grande démocratie du monde et veut imposer la justice universelle, de reconnaître la vérité des urnes. Il s’agit de Georges Bush. Comique, non ? Bien réel pourtant. Nous sommes alors en juillet 2002, et Ratsiraka fuit Madagascar, pour rejoindre Paris (!) où apparemment il vit encore.

Je me rappelle assez bien cette période de l’histoire malgache pour l’avoir vécue l’espace de quelques semaines, qui ont failli se transformer en mois du fait des difficultés de déplacements dans l’île et aussi pour en sortir. Mais je me souviens également de la sérénité de ce peuple, même si c’est un cliché de prétendre de telles choses. Dans cet Etat en pleine insurrection, nulle trace de violence, aucun chahut à grande échelle. En dehors de quelques régions du pays et de barrages routiers mis en place par la faction de l’armée encore fidèle à Ratsiraka, je ne percevais pas  de changement important entre ce que je vivais et mes souvenirs malgaches, hormis évidemment les pénuries de toutes sortes provoquées par  ces barricades gouvernementales.

A ce sujet, une image reste gravée dans ma mémoire et même si elle n’a pas grand-chose à voir avec les clowneries politiques, je l’évoquerais au moins pour moi. La scène se passe à Morondava, une petite ville à l’Ouest de Madagascar, au bord du canal du Mozambique. Un après-midi de mai 2002, je discute avec des amis à l’ombre d’un arbre. En face de nous un bus, qui tente de rallier chaque jour avec plus ou moins de succès les villes de la côte, se remplit de tout ce qu’il est possible d’imaginer. Superbe spectacle haut en couleur qui aurait pu tourner au désastre : De jeunes malgaches chargent avec difficultés des jerricanes d’essence sur le toit du véhicule. Il fait 38° à l’ombre, les récipients sont en mauvais états et les dockers ont la cigarette collée au bec. Rien ne s’est passée évidemment.

Pour en revenir aux péripéties politiques actuelles de Madagascar, elles ne sont pas banales. Pour quelles raisons Ravalomanana accepterait de quitter le pouvoir entre deux mandats ? Parce qu’Andry Rajoelina, le maire d’Antananarivo, le lui demande ?
Même s’il est évident que le président actuel n’a pas vraiment soulagé la vie des plus pauvres de son pays, il ne fait que se conformer à l’économie de marché imposée par l’Occident partout ailleurs, et spécialement en Afrique. Bush l’aurait aidé pour rien ?
Même s’il commence à brader une partie importante de terres arables malgaches à un pays étranger [2], quelle différence avec les bonnes vieilles recettes imposées par le FMI ? Ravalomanana est à l’origine un homme d’affaires et il continue de l’être, rien de plus. Bien sûr il vient aussi de sortir des caisses de l’Etat près de 60 millions de dollars US (25 millions selon d’autres sources) pour l’acquisition du dernier avion présidentiel « Air force One ». Mais bon, rien ne justifie qu’il ne soit plus soutenu par ses bienfaiteurs des 1ers jours de sa présidence. A moins que…

A moins qu’Andry Rajoelina soit, comme je l’ai entendu une fois et rapidement sur RFI, un neveu plus ou moins éloigné de Ratsiraka [3]. Notre cher président Sarkozy, qui ne sait rien refuser aux grands et petits dictateurs, voudrait-il faire plaisir à tonton Didier, en remettant la famille en selle pendant qu’Obama à la tête ailleurs ?

SylvainD.

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[1] Voir Surréalisme en pays malgache
[2] L’Etat Malgache aurait bradé ou serait en train de brader 1,3 millions d’hectares de ses terres arables à Daewo (entreprise sud-coréenne) et ce gratuitement. Dans l’espoir sans doute de voir employer un nombre important de paysans malgaches, et avec des promesses de constructions d’infrastructures, routières notamment. 1,3 millions d’hectares représentent près de la moitié des terres arables de la Grande Île.
[3] Ce qui est avéré en tout cas c’est que Roland Ratsiraka, neveu de l’Amiral, s’est rallié à Rajoelina.

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