Les Kivu, pourquoi ?

Congo (photo Getty Images - The Independent)

Que Laurent Nkunda ait imposé sa loi si facilement pendant des années dans l’Est de la RDC, parait aussi étonnant que la facilité avec laquelle il s’est laissé finalement arrêter par les troupes rwandaises, qui sont allées le chercher dans son fief du Nord-Kivu… pour finalement l’appréhender en territoire rwandais !

 Tout cela, son combat, son arrestation, paraît du mauvais roman, qui ne choque manifestement personne, et bien sûr son extradition vers la RDC se fait attendre depuis plus de 2 semaines.

La vie de millions de rescapés de ce vaste cirque mené par les grands de ce monde pour s’accaparer des richesses bien futiles et entretenir une machine qui commence à dérailler doucement pour certains, brutalement pour d’autres, ne paraît guère plus enviable que celle de milliers de congolais qui meurent chaque jour pour des intérêts qui ne les concernent pas. La vie et l’espoir étant ce qu’ils sont, certains rescapés sont pourtant contents de leur sort. Dans un article paru en octobre 2008 dans le journal anglais « The Independent », Johann Hari se souvient de sa rencontre avec une « miraculée » de ce terrible conflit congolais, Marie-Jeanne Bizimwa [1]. Cette congolaise de 27 ans est une de ces mortes-vivantes qui déambule le long des routes du Nord Kivu à la recherche d’un abri illusoire. Et en dépit du désastre que constitue son histoire, elle se dit chanceuse. Bien sûr son village a été brûlé et avec lui tout ce qui faisait son univers. Bien sûr elle a perdu son mari. Bien sûr sa sœur a été violée et est devenue folle. Mais elle et ses enfants sont encore en vie, et ce n’est pas rien… Mais dans quelles conditions ? Lorsque l’on observe ces 4 petits enfants trottiner à ses côtés, on remarque quelque chose d’étrange : ils buttent sur le moindre caillou et leurs regards fixes n’a rien de bien naturel. Aucun sourire, aucune parole ne sort de leurs lèvres. « En raison de la guerre, je n’ai pas toujours été en mesure de les nourrir » dit-elle. En conséquence, leur cerveau ne s’est pas développé et il ne le fera jamais. Elle demande dans un soupir, comme à elle-même : « Ils guériront bientôt ? ».

Imaginer ce que va devenir cette femme et ses enfants tient du cauchemar. Enfin en ce qui me concerne. Certains, et parmi eux ceux qui jouent à la guerre, souriront et diront que « de toute façon l’homme ne sait pas faire autre chose que de se massacrer ». Vraiment ? En est-on certain ? L’Histoire est écrite par ceux qui ont intérêt à sa propagation, rarement par ceux qui en subissent les tourments. Et quand bien même ces faiseurs de carnages, qui pour la plupart ont eu la chance, contrairement aux enfants de Marie-Jeanne Bizimwa, de grandir dans des conditions qui ont permis à leur cerveau de se développer convenablement, auraient raison, n’auraient-ils « évoluer » que pour tuer ?

Les ressources minières exceptionnelles de cette région de la RDC attisent les convoitises et peu importe la vie des population qui vivent là. Les trafics et gros bénéfices prospèrent plus facilement sous les bombes, c’est une évidence pour nos grands marchands. Au grand malheur des congolais comme Marie-Jeanne Bizimwa et ses enfants qui ne verront paradoxalement jamais la couleur des objets, comme les téléphones portables, pour qui sont « sacrifiées » leurs existences [2].

Tout cela n’a aucun sens et supprimer des millions de vies pour l’appât du gain est une activité bien misérable… dont sa version ultime, qui est sans doute de « nettoyer» la surface de la planète de populations qui ne sont pas rentables donc inutiles, et qui souvent habitent sur des terres riches en matières premières, prouvent la capacité d’imagination de ceux qui tirent ou croient tirer les ficelles. Rien de vraiment nouveau malheureusement. Et la crainte actuelle de nos économies de perdre quelques points de croissance ne va certainement rien arranger. La lutte des nantis contre les non-nantis va devenir une banalité. La religion, l’apport de la civilisation, le développement, la lutte contre le terrorisme, ne serviront même plus de prétextes. Quelques agitations politiques ou médiatiques suffiront désormais.

La tragédie atroce qui anéantie chaque jour la vie de milliers de congolais dans les 2 Kivu ne serait-elle finalement, comme la plupart des actions d’envergure sur cette planète, qu’une vaste bouffonnerie facilement évitable ? La balkanisation de l’Est et du Nord de ce grand pays au centre du continent africain serait-elle l’unique raison de ce bain de sang ? Le Rwanda, l’Ouganda et la RDC ne pourraient-ils trouver des solutions sensées pour se partager un gâteau si envié ? S’il est certain que ces pays sont aussi des pantins articulés par des mains plus puissantes [3] qui désirent également l’éclatement de cette région, cet « aussi » ne pourrait-il faire une différence ? Evidemment non : Les populations ont décidément peu d’importance qu’elles soient tout près de leur bourreau ou loin de lui. Et pendant ce temps-là, Laurent Nkunda se pavane dans un hôtel de luxe de Gisenyi (Rwanda). Officiellement il a été « incarcéré » dans cette prison dorée afin de le bien surveiller

SylvainD.

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[1] Voir l’article de Johann Hari
[2] Voir Le gâteau congolais
[3] Les amabilités actuelles de Sarkozy et de Kouchner envers le président du Rwanda, Paul Kagame, et pourquoi pas le passé trouble de la France au Rwanda, ne sont peut-être pas étrangères à cette convoitise universelle.

Nord Kivu (Getty photo - The Independent)
Nord Kivu (Getty photo – The Independent)

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