Petite leçon malawite

Malawi (source inconnue)

Décidément certains sujets reviennent obstinément. Le triste et précédent article me rappelait à cette pitoyable marionnette d’Omar Bongo, celui-ci me ramènera à une autre, légèrement plus surexcitée, celle de Nicolas Sarkozy, et sur une de ses innombrables frasques dont il est spécialiste. Comme il le dirait lui-même : « je veux parler » de son fameux discours de Dakar de juillet 2007.
Dans ce « drôle » de discours, pas si étonnant qu’il y parait pour celui qui s’intéresse un tant soit peu aux rapports de la France avec l’Afrique, le paysan africain était ramené aux belles heures de l’homme préhistorique, du moins à celui qui ne se souciait pas encore de la fuite du temps, car il vivait dans un éternel retour. Bref cet ignorant ne connaissait pas les vertus du progrès. Il est sans doute inutile de se poser trop de questions et même de commenter ce dérapage présidentiel, ce ne fut qu’un discours politique. Il a eu toutefois la particularité de développer des idées étrangement contemporaines de ces fameux paysans imaginés.

Si Nicolas Sarkozy, enfin son « nègre » Henri Guaino, s’informait sur les évènements actuels de ce continent un peu rétrograde, il croirait sans doute qu’il a été entendu. Au Malawi, certains paysans ont redécouvert les vertus d’antan. Mais ce n’est pas, comme le penserait notre cher politicien, par ignorance de quelconques progrès ou évolutions, mais par opposition et pour se défendre.

Dans ce petit pays d’Afrique Australe d’un peu plus de 100 000 km² et l’un des moins développé du continent, les stratégies de survie sont essentielles. Depuis quelques années le gouvernement, contre l’avis et les injonctions du FMI [1], subventionne la distribution d’engrais aux paysans. Avec succès semble-t-il, et surtout avec une nette amélioration du niveau de vie de nombreux malawites.

Mais dans un pays où 90% de la population vit en zone rurale et tire souvent l’essentiel de ses revenus de l’agriculture, les aides de l’Etat ne profitent pas à tout le monde, par manque de moyens – et excès de corruptions parfois… Certains ont dû donc faire sans et se retrouvèrent rapidement incapables d’acheter les engrais industriels que des firmes ont imposés comme les seuls capables de donner de bonnes récoltes sur certaines terres pauvres d’Afrique.

Jailos Kanyanga est l’un de ceux-là et il a dû trouver le moyen de nourrir sa famille. C’est là que les vertus d’antan ont produit leurs effets. A base de procédés anciens et naturels, il a réussi à fabriquer des engrais et des pesticides bien plus efficaces que ceux qu’il n’avait jamais utilisés. Aujourd’hui il a développé ses techniques, les a améliorées et les diffuse dans tout le pays. Près de 20 000 malawites ont redécouvert ces pratiques d’autrefois, ce qui ne doit pas réjouir les agro-industriels qui sévissent dans la région. Comme le FMI il y a quelques années [1], ces marchands de semences doivent se sentir trahis par des paysans qu’ils croyaient serviles, dépendants et un peu abrutis pour tout dire. Ces éternels enfants, selon notre bon président, ont redécouvert l’agriculture biologique, mais il pensera a coup sûr qu’ils sont retournés dans l’éternel recommencement des évènements de la vie.

Quoiqu’il en soit, depuis quelques années la survie et la sortie de la misère de ce petit pays ne viennent plus, si jamais cela a déjà été le cas, du progrès des techniques et des systèmes. Cela devrait en étonner plus d’un, à l’heure où nos riches économies s’essoufflent et ne veulent surtout pas lâcher l’idée que le progrès et la croissance sont les seules issues. Idéologie d’ailleurs qui s’obstine à faire croire que le progrès a réduit la misère dans le monde… réalité qui me semble bien douteuse. Mais bon, revenons à nos malawites.

En mettant fin pour partie aux profits de détaillants internationaux, tels que Tesco et Sainsbury, Jailos Kanyanga, rêve que « son petit pays perdu dans le Sud du continent pourra se transformer avec le temps en une Suisse de l’Afrique ». Il est inutile de s’attarder sur le modèle européen de Kanyanga, et je suis convaincu ( !?) qu’il voulait faire référence à l’indépendance des helvètes…

En tout cas messieurs Guaino et Sarkozy mais pas seulement, ne perdraient pas leur temps à méditer cette petite leçon malawite.

SylvainD.

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[1] Voir La leçon de Lilongwe.

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