Adieu Charlène

Le système de santé au Gabon n’existe pas. Cet émirat tropical, dont la richesse pétrolière mais pas uniquement pourrait transformer son million et demi d’habitants en opulents rentiers, qui rendraient jaloux la plupart des saoudiens, se contente et se complait dans un vide assassin de tout service publique : Un système éducatif qui part à la dérive, aucune infrastructure si ce n’est celle que commence à remettre en état la Chine en échange du bradage des ressources du pays, et quasiment pas de service de santé.

Je me suis déjà prononcé dans 2 autres textes [1] sur la plupart de ces points. Le pouvoir gabonais n’est pas vraiment différent de celui du Zimbabwe : les gesticulations cyniques et criminelles de Robert Mugabe n’ont pas grand-chose à envier à celles d’Omar Bongo. La seule différence réside dans le fait que Mugabe a obtenu le pouvoir et l’indépendance de son pays par la lutte, Bongo lui a été mis en place par la France de De Gaulle et de Foccart. Et ensuite maintenu et protégé contre ses opposants par tous les gouvernements français. Bien entendu maintenant cette affreuse marionnette coiffée de sa ridicule moumoute est indétrônable : Elle finance tous les partis politiques français depuis 40 ans, et tient désormais toutes les élites françaises de droite comme de gauche dans le creux de sa main. Notre courageux Sarkozy ne s’y est pas trompé : Le 1er chef d’Etat étranger qu’il a reçu à l’Elysée fut le président gabonais. Après avoir vilipendé la Francafrique lors de sa campagne électorale, il s’est empressé de tout oublier dès qu’il a compris de quoi il parlait. Ce n’est apparemment pas inutile de saisir ce que l’on dit, mais un politique ne s’embarrasse pas de ce genre de futilités.
Depuis, Omar le vilain est redevenu le bienfaiteur de sa nation et le patriarche des démocrates africains.

Je ne pensais pas devoir perdre mon temps encore une fois avec cette parodie de gouvernement gabonais, mais j’ai quelques amis qui vivent là-bas et il m’arrive de recevoir de leur nouvelles, et parfois elles sont bien tristes.

Hier soir sa sœur m’a appelé pour me dire que Charlène était morte le matin-même. Charlène était gabonaise et n’avait que 20 ans. Elle vivait à Lambaréné avec sa famille et était « montée » à Libreville depuis quelques mois pour tenter de suivre des cours d’informatique avec le peu d’argent qu’elle avait et que je lui envoyais parfois. C’est à Libreville qu’un mal violent au cœur l’a frappé. Malheureusement au Gabon lorsque l’on n’a pas la chance d’avoir des connaissances et de l’argent, il est inutile d’espérer être soigné pour une maladie un peu moins exotique que le paludisme.

Je n’ai sans doute pas pris assez au sérieux ses appels au secours. Ce qui paraît certain c’est que les médecins sur place ne sont pas plus souciés d’elle : Ils ne lui ont jamais précisé quel traitement lui était nécessaire, si ce n’est pour lui dire qu’ils ne l’avaient pas, ni le nom de son mal. Charlène m’avait demandé de lui envoyer des médicaments, mais elle était incapable bien sûr de m’en nommer un seul. Je me console en me disant que de toute façon il m’aurait été impossible de lui faire parvenir quoique ce soit.

Tout cela s’est passé en à peine 2 mois. La déroute du système de santé gabonais est une horreur et n’a rien de fatal. Omar Bongo préfère faire venir dans son pays des jeunes diplômés en médecine de Guinée Conakry (et lorsque l’on connait la situation actuelle de la Guinée, cela laisse songeur) plutôt que de former des jeunes médecins gabonais. Car ces parodies d’Etat fonctionnent toujours de la même façon et savent bien qu’elles ne doivent leur longévité qu’au manque d’éducation et de nourriture de leurs propres populations.

Et tant que nos Etats riches et démocratiques se serviront de ces dictateurs, la vie sous ces latitudes sera toujours aléatoire. Si la France, à la suite de l’Angleterre et d’autres pays occidentaux, proteste contre le pillage de l’Afrique par la Chine, c’est sans doute qu’elle craint de perdre son monopole.

Omar Bongo a plus de 70 ans et ne paiera certainement jamais pour ses infamies et ses crimes, Charlène en avait tout juste 20 et a payé pourquoi ?

SylvainD.

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[1] Des médecins pour OBO et UBU Roi.

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2 réflexions sur “Adieu Charlène”

  1. je lis ce que tu as écris je t’avouerais que ça m’a touché comme tu dis elle avait à peine 20ans eh oui la vie n’est pas facile en Afrique et dans d’autres pays aussi c’est trés difficile pour eux malgré plusieurs associations…..

  2. Une bien triste histoire… qui m’en rappelle d’autres que j’ai vécue moi aussi . Des amis, plusieurs, à Abidjan, à Djibouti, qui sont partis faute de moyens et donc de soins appropriés. Parfois un miracle, une association de bienfaisance qui finance une trithérapie. Je me rappelle de mon collègue Moussa, sa dialyse qui a mal tourné, jambe gauche gangrénée, coupée, puis jambe droite, je reste à son chevet dans cet hopital-morgue pourri, je vais voir la famille, donne un peu d’argent, offre un poste radio au mourant qui adore le football… Un dialysé ne devrait pas picoler ! Combien de fois je lui ai dit, putain!
    Calcul mesquin: il faudrait que je vide mon compte en banque pour rallonger de quelques semaines la vie de ce type. Histoire qu’il suive la finale . C’était en 98. « Mais je ne peux pas ! ». Le sauver ? Les toubibs disent qu’il est foutu. Sa famille prépare le deuil. Mercredi matin, je lui apporte « L’Equipe » , son petit bonheur terrestre. Zidane en première page, il va adorer, Moussa.
    Moi: « Ah!? excusez-moi, Madame, où est le patient qui était dans cette chambre ? »
    L’infirmière: « Vous êtes de la famille ? » .
    Ok, j’ai compris.
    Moussa, si tu m’entends: la France a gagné !
    Dix ans plus tard, Zidane a toujours ses jambes… et moi je survis à ma lâcheté.

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