Hamba Kakhule Mbeki

Frontière Zimbabwe - Afrique du Sud (Photo IRIN)

L’Afrique a toujours eu en Occident, et en France en particulier, le même traitement médiatique absurde et trompeur que celui que l’on peut admirer actuellement à propos de l’économie. Il y a quelques semaines un personnage important a démissionné de son poste de chef d’Etat. Thabo Mbeki, président de l’Afrique du Sud, a été poussé vers la sortie par son parti l’ANC.

Frontière Zimbabwe - Afrique du Sud (Photo IRIN)

Quel grand média français s’y est vraiment attardé ou en a parlé de façon à intéresser un public un peu plus étoffé que celui des habituels maniaques du continent noir ?
Que ce soit sous le régime de l’apartheid ou après celui-ci, le bilan de Thabo Mbeki est certainement plus positif que celui qui est montré, principalement par ceux qui souhaitent le voir sortir de la scène mais pas seulement, afin peut-être de tirer un trait sur un passé qui continue de déranger ou, à l’inverse, que certains aimeraient retrouver. Son départ et son remplacement probable par Jacob Zuma, ne sera pas sans conséquence. La prestigieuse Communauté Internationale et ses médias auraient pour une fois montré de la jugeote de s’attarder sur cet évènement. Cela aurait changé de leurs habituelles obsessions humanistes dès qu’il s’agit du continent africain, qui cachent mal, concernant nos Etats, une voracité de conquistador. A ne pas vouloir prêter attention au reste du monde (voir la fin de l’article précédent), se prépare-t-on encore à subir des hécatombes ?
Par comparaison et toujours en Afrique australe, le battage médiatique qu’a déchaîné Robert Mugabe au cours des récentes élections présidentielles au Zimbabwe, est malheureusement la démonstration de ce voyeurisme paternaliste. Naturellement cette perversité a des limites : Le pays n’est toujours pas sorti de la crise et pourtant la plupart des médias ont quitté les lieux du crime. Le vieux dictateur zimbabwéen ne semble pas vouloir tenir ses promesses, mais ce n’est apparemment plus important. Le peuple attendra. Il n’est jamais bon de montrer la même scène trop longtemps, règle de base du journalisme ou de je ne sais quel décervellement.
Quant à Jacob Zuma, qui deviendra sans trop de surprise le troisième président de l’Afrique du Sud après-apartheid à la suite de Mbeki, il sera clairement plus captivant que son prédécesseur : polygame, quasi-illettré, populiste et ex-futur repris de justice, c’est du solide. Tout pour indisposer nos belles élites dirigeantes, mais sûrement pas les médias, qui lui offriront de belles couvertures de magazines. Accusé récemment de viol (et relaxé), il a déclaré « s’être douché après avoir fait l’amour pour minimiser les risques de contracter le SIDA » (il connaissait la séropositivité de sa victime). Un tel président risque de faire de sacrés dégâts, que nos journalistes et experts nous décrypteront avec une assurance de pédagogue.
Malgré la lassitude ou l’incapacité de la presse occidentale, il est certain que nous entendrons bientôt parler de Thabo Mbeki. Et ce ne sera pas pour nous expliquer le rôle qu’il a joué en Afrique du Sud, mais analyser celui qu’il exerce encore en tant que médiateur dans la déplorable saga Mugabe : Le Zimbabwe est au bord de la crise humanitaire et l’obstination bornée de Comrade Bob [2] ne peut que précipiter la catastrophe.
Quelques mots sur le Zimbabwe avant que nos chers journalistes ne retrouvent de l’intérêt à sa dérive, et ne dérapent sur des explications géopolitiques imparables.
Le naufrage du Zimbabwe est évidemment à attribuer à Robert Mugabe, mais tout comme Sékou Touré en Guinée dans les années soixante, il a d’énormes circonstances atténuantes : sa haine légitime du colon blanc incarnée, en des temps pas si éloignés, par Ian Smith et aujourd’hui par un Royaume-Uni arrogant, l’Occident bien-pensant ne la supporte pas. Le pays le paie chèrement par un embargo qui, comme tout embargo, fait souffrir ceux qui n’ont pas la chance d’être proche du pouvoir. Un tiers des habitants qui en avaient encore les moyens ont fui le pays, essentiellement pour l’Afrique du Sud, et l’hémorragie continue. Ceux qui restent se battent avec des liasses de billets qui ne valent plus rien et arpentent des magasins vidés par la pénurie et le marché noir. A ce malheur s’en ajoute un autre : le record certainement mondial de personnes séropositives (35 % de la population), qui ne suivent pour la plupart aucun traitement, embargo oblige. Le Zimbabwe est moribond mais Mugabe veut garder sa fierté et son trône.
De tragiques images en préparation que les médias ne manqueront pas de nous montrer cette fois. Les traders et autres financiers véreux ainsi que les grandes réunions internationales de Sauveurs en tout genre, laisseront un peu de place à une autre misère plus réelle. Nos messies politico-médiatiques agités et trop surmenés se lâcheront enfin : « Vous voyez c’est toujours pareil, lorsque l’on ne s’occupe pas d’eux, ils sont perdus ».

SylvainD.

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  • Hamba kakuhle Mbeki : Au revoir Mbeki, en langue Xhosa

 

  1. Un des surnoms de Robert Mugabe
Frontière Afrique du Sud Zimbabwe (irinnews.org)
Frontière Afrique du Sud Zimbabwe (irinnews.org)
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