Nous sommes là pour votre sécurité

« Nous n’envisageons aucune nouvelle base. Ce sont des balivernes. Je veux dissiper la notion selon laquelle l’Amérique déploie toutes sortes d’armées en Afrique. C’est un moyen de rendre notre commandement adapté à la stratégie que nous mettons en place, rien de plus. » (Georges Bush en février 2008, au Ghana). Mais quelle stratégie ?

Le 6ème commandement régional militaire américain qui est en charge de forces armées sur le continent africain, l’AFRICOM, a officiellement un mandat très clair : Aider les gouvernements locaux à lutter contre les grands trafiquants de drogue (sic !) et contre Al-Qaïda ou ses possibles ramifications africaines. Bizarrement ce message a le plus grand mal à passer. Pour tenter de convaincre les sceptiques de la bonté des intentions de Washington, des forces américaines sur place ont été déployées pour aider à construire des dispensaires et des écoles.

Malgré cet étalage de bonnes volontés, certains Etats africains semblent toujours perplexes : Le Nigéria et l’Afrique de Sud ont refusé à l’état major d’AFRICOM de s’installer sur le continent. Il a donc dû aménager, enfin plutôt rester, à Stuttgart en Allemagne, peut-être dans le bâtiment, si ce n’est dans les bureaux, d’un autre commandement central américain, celui qui est « en charge » de l’Europe, l’EUCOM.

Un pays, pourtant, s’était porté volontaire : Le Maroc. Le royaume chérifien avait proposé à ce 6ème commandement quelques hectares dans le sud de son territoire, pas loin du Sahara occidental. Cette offre avait vite été abandonnée, sans grande surprise. Abandon officiel bien sûr.

Ce sera donc à distance que seront théoriquement guidés les 1300 hommes de cette force dédiée au continent africain.

Pour en finir avec la liste des incroyants : Le congrès américain vient de réduire d’un tiers le budget de fonctionnement du commandement d’AFRICOM, demandé par l’administration Bush.

Toute cette méfiance doit paraître bien injuste aux yeux de Washington.

Ce dernier avait tout de même fait des efforts, en abandonnant ses motivations initiales pour AFRICOM, qui étaient d’aider les ONG sur le continent et de faire du secours humanitaire. Immédiatement les ONG s’étaient inquiétées de cette annonce, et l’avaient fait savoir bruyamment : Elles craignaient que leurs actions perdent en neutralité… No comment…

Washington, magnanime, avait alors revu sa copie, pour servir un discours qui lui était plus naturel finalement : La lutte contre l’axe du mal… La guerre contre le terrorisme est bien plus cohérente dans les business-plan du Pentagone et encore vendeuse à la veille des élections américaines. Enfin presque.

A l’heure où AFRICOM est en passe de devenir pleinement opérationnelle (dixit le service de communication américain), il est étonnant de constater que le terrorisme semble prendre une vitesse de croisière en Afrique : Au large de la Somalie, en Algérie (Al-Qaïda au pays du Maghreb islamique, ex-GSPC), en Mauritanie…

Dès le départ, les Etats qui ont refusé l’installation du quartier général d’AFRICOM sur le sol africain ont dit craindre d’une part, de devenir des cibles évidentes de terroristes et d’autre part, que les gesticulations américaines soient contre-productives, en alimentant des troubles et des ressentiments qui feraient naître de nouvelles vocations ? Auraient-ils déjà été entendus ?

Américains et Européens, même combat ?

Si on peut douter des mobiles d’AFRICOM, on peut certainement émettre des réserves sur l’intervention militaro-humanitaire européenne dans l’Est du Tchad, l’EUFOR. La France a porté « cette force » à bout de bras devant l’ONU pour obtenir sa légitimation ainsi que la participation d’autres pays européens. Une fois entérinée par la grande assemblée, il n’était plus question de penser à une énième opération néocolonialiste, dont notre chère patrie des droits de l’homme a coutume de prodiguer dans ce qu’elle considère comme sa zone d’influence en Afrique.

Le mandat officiel de l’EUFOR est de protéger les réfugiés du Darfour et les déplacés africains aux frontières du Tchad, de la Centrafrique et du Soudan, et d’assister en cela une force de l’ONU présente sur place.

Pourtant, après plus de 6 mois sur le terrain, on est loin du compte : les populations sont toujours aussi menacées et les massacres de civils continuent. Il devient de plus en plus évident que cette force européenne n’est pas adaptée à la situation. La force de l’ONU ne montre d’ailleurs pas plus d’efficacité. Seraient-elles là toutes deux pour d’autres raisons ?

Idriss Déby et François Bozizé, les présidents tchadien et centrafricain, ne se posent pas ou plus la question et ils doivent se sentir bien rassurés. Certains groupes d’opposants à leurs régimes (en terme diplomatique : des rebelles) se trouvent dans les zones où s’active l’EUFOR. Drôle de coïncidence…

Dernières remarques : Le mandat de l’EUFOR expire le 15 mars 2009, faut-il s’en inquiéter ? Non bien sûr : Le secrétaire général de l’ONU a déjà recommandé l’envoi de 6000 casques bleus pour remplacer les 3300 bidasses européens, français pour plus de la moitié d’entre eux. Notre fière diplomatie hexagonale a dû encore une fois s’époumoner en coulisses…

Il est à noter que pas très loin de là, une autre force de l’ONU joue au protecteur : la force ONU-UA pour le Darfour. Bizarrement elle a du retard à l’allumage, un an après sa création.

El Beshir, le président du Soudan, serait-il trop menaçant, ou le Darfour moins important de ce coté-ci de la frontière ?

Toutes ces forces occidentales, qui ont de forts relents de forces colonialistes, s’imposent de plus en plus depuis l’arrivée massive de la Chine sur le continent africain. Cette Chine qui propose son aide sans contrepartie (sic…) et surtout sans ingérence. Apparemment nombre de pouvoirs africains s’en accommodent mieux. Mais manifestement ce n’est pas le cas de nos grandes démocraties, qui voient sans doute là un manque de savoir vivre et d’humanisme.

Pour rester militairement sur le continent africain, les Etats-Unis feront tout ce qui est en leur pouvoir : Les grands stratèges du Pentagone ont prévus que d’ici 2015, leur pays importera un quart de son pétrole brut du continent africain.

Quant aux forces françaises, les vieilles habitudes ont la dent dure : Elles sont un peu chez elles en Afrique, non ?

SylvainD.

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Une réflexion sur “Nous sommes là pour votre sécurité

  1. Très intéressant votre blog. Bravo pour vos coups de gueule. Je partage la plupart de vos analyses. Mais la présence militaire yankee en Afrique de l’Est est bien réelle. 2000 Gi’s en standby à Djibouti pour un chèque de 30 millions de dollars par an à un gouvernement qui jubile. De l’argent frais bienvenu dont on serait en droit d’espérer qu’il serve le budget de l’Etat dans les secteurs les plus carencés, l’éducation, la santé. Hélas.
    Le Camp Lemonnier occupé par l’armée Us est une sorte de VVF à 30 millions avec langoustes et plages ensoleillées pour ceux qui reviennent de Baghdad.
    Bon. Il y aurait paraît-il une importante cellule anti-terroriste qui scrute et écoute les moindres mouvements de barbus de l’autre côté de la frontière. On se demande ce qu’ils entendent avec le boucan que font les rotors des blackhawks chargés bombes qui s’envolent régulièrement pour la banlieue de Mogadisho.
    Colonialistes les intentions américaines ? Peut-être. Je ne sais pas.
    Mais, vu la vitesse à laquelle se développe la rhétorique Hamas-Hezbollah dans le coin, je me demande si ce n’est pas un moindre mal.

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