Rwanda

Rwanda

En kinyarwanda les mots ethnies et races n’existaient pas lorsque les colons belges ont repris en main ce petit pays au cœur de l’Afrique. La métropole soucieuse de classification s’est basée sur « celui servant à désigner le clan : ubwooko. Or dans un même clan se retrouvaient des Rwandais de toutes les classes : Twa, Hutu, Tutsi…

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Pour mener leur tâche à bien, les employés de l’administration coloniale reçurent alors la consigne suivante : il s’agissait de demander le nombre de vaches que possédait le Rwandais interrogé, car celui qui possédait au moins dix vaches était à considérer en tant que Tutsi, et celui qui en possédait moins était Hutu ! C’est ainsi que fut racialement étiquetée la totalité de la population rwandaise… Des frères, enfants de mêmes père et mère, se retrouvèrent classés dans des races opposées. Ce sont les descendants de ces étiquetés qui, à plusieurs reprises dans l’histoire ultérieure du Rwanda, se massacrèrent à la machette ! ».

L’histoire des ethnies se résume souvent à pas grand-chose d’autre dans nombre de pays africains, et l’Occident a beau jeu de qualifier d’ethniques tous les troubles du continent noir. L’Homo Sapiens de Sarkozy (discours de Dakar du 26 juillet 2007) n’est finalement pas très loin, et l’accusation pas trop isolée.

A la suite des belges, les français…

Les compromissions de l’Etat français dans le génocide rwandais de 1994 sont désormais des secrets de polichinelle. Les gouvernements successifs à celui de François Mitterrand se démènent comme des beaux diables pour cacher cette vilaine casserole, et accuser le gouvernement actuel du Rwanda, en commençant bien sûr par son président, Paul Kagamé.

La Commission Nationale Indépendante rwandaise chargée de rassembler les preuves montrant cette implication (commission Mucyo) a rendu publique son rapport le mardi 5 août 2008 . La machine politico-diplomatique française, bien huilée, ne va pas tarder à contre-attaquer, et à couvrir tout cela avec d’autres sujets : les droits de l’homme au Tibet, par exemple. La vie d’une centaine de Tibétains est tellement plus importante que celle de 800 000 Rwandais (sans compter les 4 millions de morts congolais et rwandais depuis l’exfiltration des génocidaires rwandais en République du Congo, au cours de l’opération Turquoise). L’accusation sera toujours plus facile que la responsabilité.

L’Etat français ne reconnaîtra sans doute jamais son implication dans le génocide de 1994, pas plus qu’elle n’admettra sa culpabilité (même indirecte) dans les morts qui jonchent l’Est de la République du Congo. L’opération Turquoise conçue par nos chères têtes pensantes politiques en juin 1994, et présentée comme une manœuvre humanitaire, n’a finalement été que le chant du cygne d’un gouvernement qui a soutenu contre vents et marées le régime extrémiste rwandais. Les concepteurs de cette manœuvre (Mitterrand père et fils, A. Juppé, D. De Villepin, F. Léotard, H. Védrine… avec la bénédiction un peu forcée d’E. Balladur), finalement très politique et médiatique, ne pouvaient ignorer les conséquences de ce couloir humanitaire, qui a permis aux durs du régime génocidaire de sortir tranquillement du Rwanda, pour trouver refuge en RDC, notamment dans les 2 Kivu. Naturellement l’affrontement continua de plus belle de l’autre coté des frontières rwandaises. Qui eut pu y penser ??? Et il continue toujours, naturellement…

Tout cela est pitoyable, aussi bien ce qui est dit par notre gouvernement actuel, que ce qui sera dit, à n’en pas douter. Cela ne vole pas plus haut que les mandats d’arrêts délivrés par le juge Bruguière en novembre 2006, qui ne sont certainement pas, comme d’aucuns le prétendent, la cause de ce rapport rwandais (la commission Mucyo avait déjà commencé ses travaux). Le célèbre juge anti-terroriste avait accusé des proches de l’entourage de Kagamé d’être responsables de l’attentat contre le président Habyarimana (chef d’état du gouvernement qui allait orchestrer le génocide), attentat qui fut, selon l’avis du juge, le déclencheur des bains de sang à venir. Il est plus vraisemblable évidemment de penser que Bruguière a été mandaté par notre cher Etat pour contrer par anticipation les conclusions du rapport rwandais. Ces allégations ou divagations du juge sont caractéristiques du peu de solidité de la défense française dans ce dossier.

Retour sur ce fameux attentat : Le 6 avril 1994, l’avion du président Juvénal Habyarimana est détruit en plein vol. Par qui ? Toutes les thèses ont été avancées. Que ce soient les Belges, le gouvernement rwandais de l’époque, le FPR de Paul Kagamé, les Français, tous avaient des mobiles pour le faire et peu importe d’ailleurs : Pour la suite du carnage, cet attentat est insignifiant. La boucherie qui a démarré juste quelques heures après la mort du président, était évidemment prévue de longue date, elle avait juste besoin d’un ‘top départ’. Celui-là ou un autre ? L’argumentation française, enfin celle de Jean-Louis Bruguière (!), en se focalisant sur ce fait, parait bien farfelue et creuse : L’Etat français était le pays le plus présent au Rwanda (en personnels militaires, politiques, diplomatiques et membres des services secrets) avant, pendant et après le génocide, et il ne trouve que cette accusation anecdotique ?!

L’actuel ministre de la défense, Hervé Morin, n’est pas plus convaincant : Interviewé la semaine dernière par une radio française, alors qu’il sortait d’un entretien avec Uribe (!!), il s’est contenté d’évoquer les quelques jours qu’il avait vécus au Rwanda dans le cadre de l’opération Turquoise. Et en souvenir de ces difficiles moments où il avait vu des choses horribles (sa voix est devenue soudain ténébreuse), il ne supportait pas ces accusations rwandaises « non, ce n’est pas juste ». Et comme de plus il n’avait pas encore « connaissance complète et entière du rapport », il ne pouvait pas défendre ce dossier. « Bien entendu » a confirmé le journaliste… Bien entendu, bien entendu…

De trop nombreux témoignages, études, documents, en provenance du Rwanda mais aussi de la France et de la Belgique, pour ne citer que les pays les plus impliqués dans ces évènements, ont été publiés pour que toutes les accusations contre l’Etat français soient fantaisistes. Ce n’est pas le lieu ici de les rappeler, il est facile de les trouver. Le rapport Mucyo est accablant pour la France, et il n’est pas isolé.

Croire qu’un gouvernement français reconnaîtra un jour les erreurs et les horreurs d’un de ses prédécesseurs, relève de la pure rêverie.

Sarkozy, qui a rabaissé l’Africain moyen à un Homo Sapiens du Paléolithique, ne sera pas différent d’un François Mitterrand, principal accusé dans cette tragédie rwandaise, et ne fera pas mieux, c’est certain. Je rappellerais cette affirmation digne d’un esclavagiste du XVIIème siècle, prononcée par cet ancien président tant reconnu pour sa culture : « Un génocide dans ces pays-là, ce n’est pas très important ». Le grand homme de gauche se souvenait des évènements rwandais…

En kinyarwanda, hier comme demain se disent avec le même mot. Le dédain français va-t-il condamner encore longtemps le futur rwandais, en ayant martyrisé son passé récent ? Cette pathétique arrogance gauloise, qui n’a su qu’ajouter des souffrances congolaises à d’autres souffrances rwandaises, en pérorant devant les médias tout au long de l’opération Turquoise, et en continuant encore et encore à donner des leçons au Monde entier, n’a vraiment rien de bien glorieuse.

… Je me rappelle d’une arrivée à Roissy un peu agitée : Après plus d’une heure d’attente, le tapis où devaient glisser nos bagages étaient désespérément vide. Mes compagnons de voyage devenaient de plus en plus nerveux, et les uns après les autres, ils entraient en furie dans le bureau des renseignements d’Air France. Ils disaient tous la même chose « j’ai honte d’être Français, perdre nos bagages, y’a qu’en France qu’on voit ça »… Je suis rentré chez moi, après avoir rempli le formulaire pour que mon sac soit livré directement à mon domicile une fois qu’il serait retrouvé. Leurs remarques étaient stupides… et bien françaises pour le coup. Je me demande maintenant ce que je pourrais déclarer face à cette politique française en Afrique, et en l’occurrence au Rwanda ?

Je me tairais donc et je laisserais le mot de la fin au premier ministre français, en poste à l’époque des évènements rwandais, Edouard Balladur : « Ils se sont toujours massacrés ainsi ! Pourquoi voulez-vous que cela cesse ? ».

SylvainD.

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