Kwassa-kwassa

Un kwassa-kwassa (photo meretmarine.com)

Trois fois par semaine, le Maria Galanta reconduit à Anjouan un lot d’illégaux qui a la malchance d’être né du mauvais coté du choix français. Ces comoriens ont l’idée saugrenue de vouloir simplement survivre au sein d’un archipel qui fait les frais de près de cinquante ans d’intérêts cyniques de notre chère démocratie française.

Un kwassa-kwassa (photo meretmarine.com)Dans deux articles déjà, j’ai donné mon point de vue sur cette drôle d’attirance mahoraise pour la France (« la démocratie du coucou » et « Bon client »), et je ne pensais pas devoir y revenir.

La machine Hortefeux à-faire-du-chiffre, continue d’expulser à tour de bras sans discrimination aucune et avec bien sûr quelques bavures. Le préfet de Mayotte le reconnait : des enfants ont pu malencontreusement être renvoyés vers Anjouan, mais il le promet, c’est sans le faire exprès et bien terminé… Juré…

Et malheureusement, nos hauts-fonctionnaires excellent comme jamais dans le cynisme et la bêtise. Petit cours d’histoire de Thomas Michaud, vice-procureur à Mayotte, au micro de RFI : « Il me semble que si nous ne revenons pas en arrière dans le temps, à savoir en 1974, tous les paradoxes et la complexité de la situation mahoraise restent incompréhensibles : Mayotte a choisi de rester française et de ne pas devenir indépendante… ». Je crains que ce brave Michaud, s’il ne se pose pas la question de savoir pourquoi Mayotte a refusé son indépendance au contraire de tous les pays colonisés, a de fortes chances de ne rien comprendre aux paradoxes quels qu’ils soient.

Son bavardage devient par la suite carrément raciste, lorsqu’il oppose la « société judéo-chrétienne moderne de la FRANCE », qu’aurait choisie Mayotte, à la « société musulmane, africaine et très collective » des autres îles comoriennes. Le fameux discours de Dakar, qui rabaissait l’Africain actuel à un Australopithèque, récité par Nicolas Sarkozy et écrit par Henri Guaino, n’était pas moins direct.

Tout est dit et Michaud a tout compris. D’ailleurs dans un bel élan il approuve le Visa Balladur, qui a jeté aux fonds des eaux franco-comoriennes des milliers d’anjouanais, depuis son instauration en 1995. Tout cela n’a rien de très surprenant, Michaud est dans son rôle de défenseur de l’Etat, même et surtout si cet Etat marche sur la tête.

Ce qui est plus cocasse, c’est que ce joli bateau affrété régulièrement par la Police Aux Frontières (française) est soupçonné d’avoir servi à ravitailler Mohamed Bacar, l’ex-président dissident d’Anjouan, réfugié aujourd’hui au Bénin.

Je cite le Secrétaire général de la vice-présidence comorienne, M. Abdillah Mouigni « Nous avons le devoir de sécuriser nos frontières. Le “Maria Galanta” ne nous inspire pas confiance. Ce bateau a, dans un passé récent, violé les eaux territoriales des Comores en y entrant illégalement, par Anjouan, où il ravitaillait le rebelle Mohamed Bacar en carburant et en armes, en toute illégalité. Le « Maria Galanta » a également violé l’embargo imposé aux séparatistes anjouanais par l’Union africaine et le gouvernement comorien en se mettant au service du colonel Mohamed Bacar presque quotidiennement.»

Bien sûr, c’est un représentant de l’Union des Comores qui prétend cela, et je suis certain que Michaud comprendra immédiatement les mobiles de cette accusation. Mais si on se réfère au passé pas très glorieux de la France aux Comores, entre référendum manipulé et barbouzes, on peut se poser quelques questions. Et croire que les propos de Mouigni n’ont peut-être rien de fantaisistes.

L’Etat français aurait d’un coté cherché à déstabiliser l’île d’Anjouan, ou au moins fermé les yeux sur des pratiques pas très orthodoxes, et de l’autre continue d’expulser des anjouanais dont la misère n’est pas étrangère à cette géopolitique de bazar. Et tout cela avec le même rafiot.

Cela paraît bien tordu. Et pourtant…

Lorsque l’on pense aux soutiens hexagonaux apportés aux dictateurs d’opérette ou sanguinaires de pays africains qui ont l’honneur d’être dans le pré carré français (Bongo, Déby, Nguesso, Compaoré, Biya, Eyadema… pour ne citer que les plus fameux), et qu’en même temps on voit que notre pays dépense des millions d’euros pour empêcher des africains, jetés dans la misère par ces mêmes despotes, de venir dans notre eldorado (ou pour les raccompagner dans leurs belles patries), on se dit que peut-être…

Finalement Mayotte serait la caricature de notre politique africaine : Encourager des régimes inhumains et s’opposer par tous les moyens à ceux qui veulent en sortir. Relent d’une politique coloniale pas très jolie.

Quoiqu’il en soit, Michaud serait bien inspiré, à la suite de Guaino, de faire un peu de cabotage cet été à bord d’un « kwassa-kwassa », ces embarcations illégales où s’entassent les postulants anjouanais à la francité : Ces barques à fond plat et gros moteur, dont le nom veut dire « Secouez-moi », lui donnerait un avant goût de la non-modernité africaine dont il parle avec tant d’éloquence.

SylvainD.

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