Bidonvilles

Bidonville de Porta Farm, Zimbabwe - Photo IRIN

Lors de la dernière foire international d’Art Contemporain qui se tenait en Suisse (Bâle), journalistes et exposants se sont étonnés des ventes records des productions proposées. Comment pouvait-il se faire que, dans ces temps de vaches maigres pour de nombreuses populations et du fait du prix exorbitant du pétrole, certains avaient encore suffisamment de moyens pour acquérir bibelots et autres peintures, géniaux ou futiles, mais néanmoins si chers ?

C’est effectivement extrêmement étonnant, non ?

Dans un précédent article (Fatal Augure), je rappelais que le hasard n’avait pas vraiment sa place lors de nombreuses famines qui ont jalonné notre passé, mais bien plutôt le calcul économique. C’était et c’est mon opinion en tout cas. Et en ce qui concerne les problèmes actuels de vie chère et de famines à venir, les ventes exceptionnelles de la foire de Bâle, ne nous montrent pas autre chose : certains souffrent de la faim alors que d’autres sont toujours plus riches. Si je veux rester cohérent avec ce que j’ai déjà écrit, et manifestement je n’ai aucune raison de ne pas le rester, je peux écrire : certains souffrent de la faim parce que d’autres sont toujours plus riches. Quant à l’argument d’une soi-disant pénurie alimentaire au niveau mondial, il est soit malhonnête, soit récité par des ignorants.

Mauvaise répartition tout au plus.
Les stratégies des trois grands inquisiteurs modernes, FMI, Banque Mondiale et OMC, comme celles des spéculateurs avertis de la finance, ne cachent pas vraiment leurs jeux. Pourquoi le feraient-ils d’ailleurs ? Politiciens, journalistes, experts en tout genre et même citoyens, font comme si les problèmes actuels étaient naturels et à peine conjoncturels… Les réflexions candides entendues à Bâle sont irresponsables, voire crapuleuses, à moins qu’elles ne soient ironiques.

Quoiqu’il en soit, chacun préfère dire n’importe quoi, prendre n’importe quelle décision, tant qu’elle ne remet pas en cause sa façon de vivre, ou celle de ses électeurs. Et s’il faut détourner l’attention les sujets de discussion ne manquent pas : le football, l’Europe, le patriotisme, la Chine, la religion…

A moins d’une révolution technologique extraordinaire (elle est attendue comme le Messie par tous les enragés du progrès, mais pas seulement par eux), les solutions pour changer la situation actuelle, où certains se goinfrent quand d’autres meurent de faim, ne sont pas nombreuses : Soient la consommation, la gourmandise et le gaspillage des plus nantis sont freinés, soit le nombre d’habitants sur la planète est réduit.

La décision semble être prise depuis longtemps. En tout cas si l’intention est nouvelle, les événements sont trompeurs.

Les habitants pauvres ou ignorants de cette Terre ont certainement les mêmes craintes. La valeur animale qu’ils représentent est leur dernière défense. Lorsque leurs forces de travail (voire le chantage qu’ils constituent pour d’autres populations à peine plus privilégiées) ou leurs organes ne seront plus nécessaires à notre bien-être, que leur arrivera-t-il ?

En attendant, les pays riches dépenseront certainement de plus en plus d’énergie dans le but de contenir cette population qui a faim.

Mais comment le feront-ils ? C’est la grande question.
En faisant travailler leur imagination ou en utilisant l’éternelle matraque ?

La CIA, elle, a déjà choisi son camp : elle planche depuis des années sur des projets « de contrôle de populations et de guerre en milieu urbain à forte densité d’habitants », vulgairement appelés BIDONVILLES.

Car c’est bien là que vivent la grande majorité des affamés et c’est de là que vient et viendra la révolte. Les émeutes récentes ne sont pas nées ailleurs : Cité Soleil (Haïti), Porta Farm (Zimbabwe), Kibera (Kenya), Ramaphosa (Afrique du Sud)… Soit dit en passant, dans ces villes informelles vivront très bientôt la majorité des populations urbaines. Cette évidence ne semble pas ignorée par tout le monde.

Les politiques avouées de nos états (expulsions, contrôle des frontières, sommets de la FAO) ne sont que des mesures sans suite et sans effet pour détourner l’attention d’un public trop souvent amorphe, ou rendu tel, ou pour satisfaire un électorat crédule et captif. Elles participent pourtant de la même logique : « le marché est autonome et si nous devons sacrifier des humains pour lui, allons-y ? ». Notre cher président français doit certainement rêver de nous servir cette évidence. Après nous avoir expliqué que certaines populations africaines n’étaient pas entrées dans l’histoire, il nous convaincra facilement que pour elles ce sera dès lors très facile d’en sortir.

L’intention de tout cela ? Du pouvoir et de l’argent tout de suite… pour les élites en priorité bien sûr. Et de belles bricoles technologiques pour tous les consommateurs. Le progrès, toujours le progrès… Pas grand-chose d’autre, je le crains…

SylvainD.

Bidonville de Porta Farm, Zimbabwe - Photo IRIN
Bidonville de Porta Farm, Zimbabwe – Photo IRIN
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