Précieuse gomme

A la toute fin du 19ème siècle, la demande de caoutchouc sur les marchés occidentaux a fait la fortune de Léopold II, roi des belges. La population de l’Etat indépendant du Congo a été ravagée pendant plusieurs décennies pour cultiver toujours plus d’Hévéa, pour apporter à ses colonisateurs européens toujours plus de latex.
A plus d’un siècle de distance, une autre exsudation arboricole, intéresse certaines grandes firmes internationales.

Je ne reviendrais pas sur cette période atroce de l’actuelle République Démocratique du Congo, elle a été le sujet d’un précédent article (Caoutchouc amer).

Une autre « sève », récoltée principalement un peu plus au nord de la RDC, toujours sur le continent africain, intéresse fortement deux grandes multinationales. Elles sont toutes deux états-uniennes, et toutes deux fabriquent du soda : Coca-Cola et Pepsi-Cola.

Il s’agit de la gomme arabique, connu aussi sous le doux nom d’E414. Solidifiée naturellement dans le fruit de certains acacias ou présente dans la sève de ces arbres, cette fibre naturelle aurait des vertus que nos deux grandes multinationales ne sauraient pas, ou difficilement, synthétiser.

Si je soupçonne l’incapacité de ces firmes à remplacer ce produit, c’est qu’il constituerait l’un des rares produits à ne pas avoir été inclus dans l’embargo de 1997 que les Etats-Unis ont imposé au Soudan, en signe de « mécontentement » à l’égard de la politique de ce dernier dans la province du Sud Soudan, puis dans celle du Darfour.

La gomme arabique serait donc passée à travers les mailles du filet de l’embargo, et ce grâce à un lobbying actif de nos deux « limonadiers » auprès du congrès nord-américain, dixit certains soudanais. J’emploie le conditionnel car je me suis trouvé incapable d’en trouver une quelconque confirmation.

A moins bien sûr que cette histoire racontée dans le Kordofan, ne soit que de la propagande locale. Sait-on jamais ?

Mais quelque soit l’exactitude de l’anecdote, elle me semble si emblématique, qu’il me plaît d’y croire, jusqu’à preuve du contraire. Et comme l' »accommodement » sous le manteau semble bénéfique au pays producteur, pourquoi s’en plaindre ?

Quatre-vingt à quatre-vingt dix pourcents de la production mondiale de la gomme arabique vient du Soudan, en particulier de la province du Kordofan, et nos deux vendeurs de sodas se moquent sans doute éperdument des évènements tragiques de ce pays producteur. L’acacia Sénégal, qui fournit la fameuse gomme, pousse en abondance au Soudan, et ils n’y sont pour rien après tout. Les estomacs de nos jeunes ne doivent souffrir d’aucune interruption dans leurs satisfactions et addictions. De nombreux soudanais s’en réjouissent sans doute. Le pouvoir de Khartoum peut-être aussi.

Pour ne rien perdre de cette rumeur, il faut rappeler que la province du Kordofan a l’immense « privilège » de se trouver entre Khartoum et le Darfour. Ceci pour les connaisseurs.

Espérons seulement que des intérêts cyniques ne vont pas tout mettre par terre, et que la déstabilisation de la région ne soit pas le prétexte à la « régulation » du prix de la fibre miraculeuse…

SylvainD.

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