Exilez-vous

Simon Mann en Guinée Equatoriale (2004)

En 1986 lorsqu’il avait demandé au porte-parole de sa mère ce qu’il pouvait faire pour aider à la réélection de celle-ci, il s’était entendu répondre : « Exilez-vous ». La personne visée par ce conseil c’était le fils de Margareth Thatcher, Sir Mark, et la réélection à soutenir était bien sûr celle de sa mère pour le poste de premier ministre du Royaume Uni. Manifestement sa mère et son entourage ne se sont jamais fait d’illusion sur le personnage.

Simon Mann en Guinée Equatoriale (2004)

Mark Thatcher, baronet en titre du Royaume Uni, ancien VRP, mannequin, pilote du Paris Dakar et des 24 heures du Mans, est rattrapé par les « affaires ». Et sa maman se fait des cheveux blancs, enfin il parait. En 2005, elle avait dû verser une caution de 380 000 euros à la justice sud-africaine, pour éviter la prison à son fiston. Ces jours-ci, la Guinée Equatoriale vient de lancer un mandat d’arrêt international contre lui.

Le motif de toute cette agitation et versement d’argent : Mark Thatcher aurait fomenté un putsch contre ce petit état du golfe de Guinée en 2004.

Arrêté par les autorités sud-africaines en août 2004, il aurait déclaré pour sa défense : « Je ne suis pas dans l’achat et la vente d’équipement militaire, je suis le directeur d’une compagnie de distribution de carburants et de produits pétroliers ». Nous voilà rassurés.

La Guinée Equatoriale, ex-colonie espagnole, réellement indépendante depuis 1968, est un pays enclavé entre le Cameroun et le Gabon. Sa capitale constitutionnelle, Malabo, est située sur une petite île à quelques 300 kilomètres au large du pays, juste en face de Douala au Cameroun.

Jusqu’à son indépendance, la Guinée Equatoriale était soumise au régime franquiste, puis elle sombra corps et biens dans un régime encore plus brutal : la dictature de la famille Nguema. Le premier de la lignée s’appelait Francisco Macías : En 1979 il fut exécuté, suite à une parodie de procès. Son neveu, Teodoro Obiang, a pris sa place et est toujours au pouvoir en 2008. Et c’est ce dernier que visait le coup d’état manqué de 2004.

Ces dictatures et coup d’états (une dizaine de tentatives depuis 1979) ne doivent rien au hasard : la Guinée équatoriale est un pays riche, et ses importantes réserves de pétrole et de gaz naturel, exploitées par les compagnies pétrolières américaines Exxon Mobil et Chevron, génèrent de revenus annuels de plus de trois milliards de dollars. La défense de Mark Thatcher, se présentant comme un directeur de compagnie pétrolière, apparaît bien farfelue.

Le putsch manqué du 7 mars 2004 visait « officiellement » à remplacer le Président Teodoro Obiang Nguema par son opposant en exil en Espagne, Sevoro Moto. Le cerveau présumé de l’opération, Simon Mann, de nationalité britannique et proche de Mark Thatcher, a écopé de 4 années de prison. La durée de cette peine sera-t-elle respectée ? Certains parlent de 30 ou 40 ans ? Et même si Mann affirme être bien traité : « J’ai de l’eau, de la nourriture et ne suis pas torturé », il doit encore avoir en tête les paroles du président Obiang qui avait menacé de le « sodomiser et de le dépecer vivant ». Tout en finesse.

Quant à Mark, supposé être le commanditaire de l’opération, il s’en tire pour l’instant avec 4 ans avec sursis. On ne s’appelle pas Thatcher sans bénéfices. D’ailleurs sa maman n’est pas au bout de ses maux de tête. Cette aventure pourrait éclabousser d’autres personnes de son entourage : deux de ses anciens collaborateurs, David Hart et lord Bell, sont aussi dans le collimateur de la justice équato-guinéenne.

Tous ces « comploteurs couronnés » doivent contenter au plus au point un dictateur comme Obiang Nguema : il peut se prétendre, et il ne s’en prive pas, l’objet d’un complot international. De quoi mobiliser sa population affamée.

Qui travaille pour qui ?

Pour ne rien gâcher, le ministre britannique des Affaires étrangères de l’époque et actuel secrétaire à la justice dans le cabinet de Brown, Jack Straw, a admis en novembre 2004, que le gouvernement avait été informé de la préparation du coup d’état à la fin du mois de janvier 2004, soit quelques semaines avant l’arrestation des comploteurs, le 6 mars suivant.

Qui protège qui ?

Malgré un produit national brut (PNB) par habitant comparable à celui de la Suisse et du Danemark, la Guinée Equatoriale figure parmi les pays les plus pauvres de la planète.

La dame de fer s’est souvent plaint de l’agitation de son fils. Pour cette femme hautaine, qui n’a jamais hésité à provoquer des troubles et des misères pour poursuivre sa politique libérale, l’ironie est sévère. Si les mauvaises actions de son fils tourmentent réellement ses vieux jours, l’espoir est encore possible : tout se paie tôt ou tard. Je plaisante, évidemment. Je vois, j’imagine, un sourire en coin sur les lèvres fines et sévères d’une autre femme anglaise, la reine Victoria, que Margareth Thatcher vénère tant.

SylvainD.

Simon Mann en Guinée Equatoriale (2004)
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s