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Anjouan (photo IRIN)

Encore une fois, je ferais une supposition. Le passé pas très glorieux de divers pouvoirs français dans les îles des Comores, laissent courir l’imagination facilement. Mohamed Bacar, l’ex-président d’une de ces îles, est arrivé en France (Mayotte), clandestinement, et sans doute armé, avec une vingtaine de ses gros bras, sans que cela ne semble poser d’énormes problèmes à l’administration française. Pourquoi ?

Anjouan (photo IRIN)

Ce brave clandestin, qui est arrivé au pouvoir de la petite île d’Anjouan par la force et s’y est maintenu grâce à des élections contestées en 2002 et 2007, a soumis l’île a son bon vouloir pendant près de 8 ans avant de s’en faire expulser. Pour certains lecteurs français qui ne s’intéressent pas à cette région du monde et encore moins à son passé récent, tout cela doit apparaître comme un des soubresauts habituels et violents qui ponctuent l’histoire des pays africains, décidément bien joueurs et irresponsables.

Et sans doute que la France, en accueillant ce « président déchu », et certainement en lui accordant l’asile politique, ne fait que respecter sa grande devise d’Egalité. Comme l’a dit hier Mme Briot, avocate de Mohamed Bacar, suite à son jugement à Saint Denis (Réunion), vite réglé et sans suite pour l’instant, la France est la patrie des droits de l’homme. Donc, donc.

Si on veut bien relire l’histoire récente de cette région, l’affirmation de l’avocate de Bacar, est amusante.

Les Comores, anciennes colonies françaises, ont obtenu leur indépendance en 1975. A un détail près, qui est que les îles comoriennes sont au nombre de quatre, et que la toute jeune République ne comptera que trois îles. La quatrième, Mayotte, restera française. Ainsi en a décidé la France, ainsi ont voté les mahorais. L’élection en question était le fameux référendum de 1975, manipulé, contesté. Les lobbies militaro-colonialistes ont fait du bon travail manifestement (voir mon article « La démocratie du coucou »). En violation du droit international, qui veut que lorsqu’un territoire devient indépendant, il doit conserver les frontières qu’il avait sous le statut colonial, la France conservera ce confetti d’île, idéalement placé au milieu du canal du Mozambique.

Depuis lors, coïncidence ou non, un vingtaine de coups d’états déstabiliseront les 3 îles de la République des Comores. Les habitants de Mayotte ne souhaiteront évidemment pas retourner à toute cette barbarie, c’est certain, et encore aujourd’hui ils doivent se le répéter. Et coïncidence ou non, la plupart de ces coups d’états ont été menés par le grand corsaire de la république française, Bob Dénard.

Coïncidence ou stratégie ?

La République des Comores a adopté depuis quelques années une présidence tournante entre ses trois îles. Mohamed Bacar aurait pu être l’un d’eux s’il s’était un peu mieux conduit. Mais cette présidence ne semblait pas l’intéresser : Il désirait ardemment se séparer de ses voisines républicaines, et se rapprocher de la France. Mais ni la France, ni la République des Comores ne souhaitaient cela. L’Union Africaine, soucieuse de redorer son blason après ses récents échecs sur le continent (Soudan, Somalie), s’est proposée de déloger l’intrus. En quelques heures, Anjouan a été matée, et Bacar s’est enfui à Mayotte. Pour être conduit ensuite à Saint Denis, sous bonne garde française.

Il faut rappeler que depuis l’instauration du visa Balladur en 1995, des milliers d’anjouanais tentant de rejoindre Mayotte, distante que quelques dizaines de kilomètres, sont morts noyés. Sans doute que ces clandestins cherchent à toucher du doigt la « richesse française » de Mayotte, mais d’abord et surtout ils veulent fuir la misère et la terreur des Bacar et consorts. Terreur qui a peut-être fait partie intégrante d’une stratégie d’état, elle aussi.

Qu’aujourd’hui Bacar ait pris le même chemin, et que pour une fois la France accueille les bras ouverts ce clandestin, me laisse rêveur. Ce Bacar doit avoir une sacrée valeur aux yeux de certains pouvoirs français, pour qu’ils consentent à une telle exception. Un mauvais calcul à rattraper ?

Je suis peut-être trop médisant après tout, car comme nous le rappelle l’avocate de Bacar, la France est la Patrie des droits de l’homme.

SylvainD.

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