Mapinduzi

Et si les manœuvres barbouzardes de notre cher pays pour protéger d’éternels dictateurs africains n’avaient pas ou plus comme unique raison la captation à moindre frais de ressources minérales, mais une autre affaire qui pourrait s’avérer d’importance avec le temps ?

Dans ce cas, le soutien officiel de l’ONU à la France que j’ai évoqué dans mon précédent article, pour son ingérence militaire au Tchad, ne sera pas un cas isolé et paraît enfin compréhensible.

Au-delà du Tchad, de nombreuses étincelles, qui pour certaines se sont transformées en feu de « pailles » et de terreur, s’allument en ce moment sur le continent africain. La plus triste et importante d’entre elles est bien sûr celle du Kenya. Qu’un simple désaccord postélectoral entre Odinga et Kibaki se soit transformé en un gigantesque conflit (ethnique, pour nos chers lecteurs occidentaux) ayant causé au moins un millier de morts, devrait faire réfléchir.

Au même moment ou presque, des manifestations plus ou moins violentes se sont déroulées dans le sud du Burkina Faso et au Cameroun. Si à Bobo Dioulasso ces affrontements sont restés non violents, rien que dans les villes de Douala et Yaoundé, le nombre de morts dépassent la quarantaine.

Et cela pour les manifestations qui ont été connus. Mais j’ose parier qu’elles ne sont pas les seules actuellement.

Nos chers diplomates, experts et politiques de tous poils et de tout bord, ont leur boîte à explications à portée de main : Conflits tribaux, usure du pouvoir (qu’ils osent déplorer alors qu’ils sont souvent ceux qui permettent à ces pouvoirs de rester en place), crise pétrolière.

Quant aux présidents (à vie) de ces pays, ils ne voient dans tout cela qu’une manœuvre de l’opposition, pour monter le peuple contre eux. Et toujours d’après ces mêmes chefs d’état, que notre diplomatie française s’évertue à appeler « légitimement élus », leurs oppositions politiques agiraient ainsi car elles n’auraient aucune autre idée pour revendiquer le pouvoir. Par manque d’imagination en quelque sorte. Pour qui connait, ne serait-ce qu’un peu, l’activité politique de ces chefs d’état, l’argument prête à sourire.

Mais plus sérieusement :

Si au Cameroun et au Burkina Faso, les protestations ont eu comme revendication « la vie chère », n’y aurait-il pas un peu de cela au doux pays des safaris ? Les émeutes kenyanes ont démarré dans le bidonville de Kibera, l’un des plus grands d’Afrique, lieu privilégié pour l’endoctrinement, mais avant tout, lieu de misère.

Cette difficulté à se nourrir dont les causes ne sont pas nouvelles et pas seulement naturelles, ne peut que s’amplifier avec l’augmentation du prix du carburant et les problèmes climatiques en série qui affectent de plus en plus ces pays. Les émeutes qu’elle provoque, ont donc des beaux jours devant elles.

Si dans nos pays riches, le maintien du calme et de la paix sociale peut être encore sauvegardé, grâce à la menace constante d’un retour en arrière (de qui, de quoi ?), le chantage ne tient plus lorsque l’on a plus rien, et que le ventre est vide.

Je crains que ce danger de révolte, les chefs d’états des pays africains ne la mesurent pas à sa juste valeur. Ils en auraient les moyens pourtant. Ne serait-ce qu’en faisant un peu preuve d’imagination, et en prenant au sérieux leur fonction politique.

Enfin, ce que les uns semblent ignorer, d’autres en occident en seraient conscients et commenceraient à agir. Plutôt à mal agir. Car comme d’habitude, au lieu de combattre les origines du fléau, ils matent ceux qui ont la malchance d’en souffrir.

Peut-être que je me fais des idées après tout, mais peut-être que non.

Ce soutien officiel de l’ONU à la France pour sauver coûte que coûte le président Déby, ne serait-il pas le signe d’un affolement devant les révoltes futures de populations affamées ?

Si c’est la seule méthode qu’ils ont trouvée, ils devront rapidement revoir leur copie, car rien ne montre aujourd’hui que cette faim soit contenue dans les frontières africaines. Les politiques étrangères des pays occidentaux ont rarement eu de la suite dans les idées, et il est à douter que cela ait changé. Mais cette fois, elles ont peut-être tord de croire que ces révoltes resteront un feu de paille, que la faim empêchera l’agitation et qu’un peu de chantage et de propagande feront le reste.

SylvainD.

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Mapinduzi : Révolution en swahili.

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