Hadithi

Ndjamena janvier 2008 - Photo IRIN

On connait l’histoire des tiraillements éternels entre les états pour des intérêts que l’on qualifie de « géopolitiques », et qui ne sont finalement rien de plus que des intérêts de pouvoir, de gros sous. Déstabiliser un régime pour mettre en place une dictature amie est monnaie courante, mais cela est toujours déguisé et avoué que bien plus tard. Enfin en principe…

Ndjamena janvier 2008 - Photo IRIN

Car ce déguisement n’est utile que dans le cas où il y a risque de critique. Critique d’une opinion publique, qui en serait informée. Mais si l’opinion est complètement aveugle et même favorable à un coup de force, pourquoi le cacher ?

L’invasion de l’Irak, sous prétexte de détrôner Saddam Hussein et de se venger des attentats du 11 septembre 2001, en est l’exemple typique. 3 à 4000 morts new-yorkais ont justifié cette guerre dans un pays qui n’avait que peu de rapport avec le terrorisme islamique, nouvelle bête noire d’un certain pouvoir états-unien. L’URSS ne pouvant plus servir d’épouvantail, pourquoi pas l’intégrisme islamique ? Cette interrogation paraît sans doute odieuse pour nos fameux experts en géopolitiques, trop soucieux d’entourer toutes ces gesticulations meurtrières par des thèses érudites sans fin. La prochaine émission de télévision les invitera pour raconter la suite, interminablement, jusqu’au prochain sujet… C’est un métier après tout, la géopolitique.

Ce qui vient de se passer au Tchad est du même acabit. L’opinion occidentale, la seule qui compte finalement, a été conquise : il fallait à tout prix sauver le soldat Déby. C’est une première, l’ONU a donné officiellement l’absolution à la France au cas où l’autocrate de Ndjamena serait dans le pétrin. Et cette fois, juré, personne ne prétendra que l’on nage en plein néocolonialisme. C’est promis. Non, non, ce sera de l’ingérence pour sauver… sauver quoi au fait ? Un pouvoir fantoche, totalitaire, qui se maintient par les armes, et à l’occasion par des bourrages d’urnes… Non, l’ONU a sorti donc la grande explication géopolitique :

Derrières les rebelles (et que des opposants politiques soient armés face à un pouvoir armé, quoi d’étonnant ?) se cachent le grand méchant El Beshir, autre dictateur d’un état limitrophe, le Soudan… Et personne ne l’ignore, El Beshir n’est pas gentil au Darfour, et pas gentil non plus avec nos chers casques bleus, qu’il ne laisse pas venir gambader dans la province dévastée de l’Ouest de ce grand pays. C’est certain, El Beshir est une brute immonde, mais l’opinion occidentale a oublié (ou n’a jamais su ?) que la CIA a soutenu, et soutient encore peut-être en sous-marin, le régime de Khartoum, qui, dans la région, était, ou est encore, à ses yeux le dernier rempart contre l’intégrisme islamique. Mais c’est sans doute bien trop compliqué à comprendre ou à faire comprendre. A croire que les services secrets des pays occidentaux vont chercher les scénarios de leurs magouilles chez nos chers experts télévisuels, ou l’inverse. Mais cela est un détail, ce qui importe, c’est de faire bonne figure au Darfour… Maintenant que cette province compte presque plus de morts que de vivants après 5 ans de razzias « janjawids », il serait temps.

Donc, derrière les rebelles tchadiens, se cacherait le monstre du Darfour. Cela justifie bien une petite intervention française, non ? Personne n’oserait s’élever contre une telle bonté, la démonstration est parfaite. Oser la critiquer condamnerait automatiquement à de la perversité.

La suite de l’histoire, quelles que soient les analyses expertes, aurait été la même : Les rebelles tchadiens, pas vraiment à l’aise avec l’idée de se frotter à des barbouzes français, seraient, et sont repartis, la queue basse, vers leurs bases arrières, vers le Soudan. Et que ce soit le Soudan, leur direction de repli n’a pas grand rapport avec une accointance quelconque avec le pouvoir soudanais. Ceux qui y voient là la main de Khartoum, ne connaissent pas l’histoire de cette région. Idriss Déby, lui-même, avant de prendre le pouvoir par la force en décembre 1990, avait ses bases au Soudan, au Darfour. Hissène Habré avant lui, également… Le Darfour n’y a rien gagné, c’est certain, mais c’est une autre histoire sans doute.

En tout cas Déby, lui n’a pas perdu grand-chose : Une fois de plus, il pourra maintenir sa dictature et laisser son peuple dans la misère sans aucun problème. Il en a même profité pour mettre à l’ombre (personne ne sait où) des opposants politiques, qui n’avaient pourtant rien à voir avec l’insurrection armée.

Quant au gouvernement français, qui perpétuent là ses liens incestueux avec des dictatures africaines, pour conforter quelques pouvoirs, repousser quelques rivalités (anglo-saxonnes ou chinoises), et engranger quelques sous, il a gagné paradoxalement en respectabilité. Nul doute que l’ami Sarkozy sera acclamé lorsque les humanitaires farfelus de l’Arche de Zoé sortiront de prison… graciés par le grand démocrate : Déby. C’est ce qui s’appelle de la géopolitique. De la vraie.

En février 2003, peu de personnes sans doute ont noté l’ironie du grand discours de Dominique de Villepin devant le conseil de sécurité des Nations Unis, fustigeant la guerre états-unienne contre l’Irak et l’axe du mal, pour le bien du peuple irakien, et la paix des hommes. Car qui a su que ce même ministre des Affaires étrangères autorisait, quelques semaines plus tard, un « lâché » de parachutistes français sur un pays souverain ? C’était en Centrafrique, à Birao précisément, et officieusement cette fois pour repousser des rebelles qui se battaient, et se battent encore, pour mettre dehors un dictateur. Le bien du peuple centrafricain n’entrait plus dans ses motivations, et les caméras n’étaient pas là pour immortaliser son profil et sa haute stature. Ce dictateur centrafricain que nos bidasses devaient protéger, c’était François Bozizé, installé en 2003 au pouvoir, avec la bénédiction de la France. En 2008, il est toujours dans son fauteuil, et c’est un bon copain de Déby naturellement.

SylvainD.

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Hadithi : Conte, histoire, en swahili

Ndjamena janvier 2008 - Photo IRIN
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