La leçon de Lilongwe

Dans les années 2001–2002, de nombreux pays d’Afrique australe ont traversé des famines tragiques. Le Malawi n’y a pas échappé. Dans ce petit état de 10 millions d’habitants, coincé entre la Zambie, la Tanzanie et le Mozambique, plusieurs millions d’entre eux ont fait les frais de mauvaises récoltes, du fait surtout d’une politique un peu trop libérale, prônée par le couple infernal, Fonds Monétaire International – Banque Mondiale.

Pourtant une situation pas très différente s’était produite en 1992, et les conséquences n’avaient pas pris le tour dramatique qu’elles ont eu 10 ans plus tard. Les grands argentiers internationaux n’avaient alors pas encore sévit sur ce petit pays, et l’agence gouvernementale qui gérait les réserves nationales alimentaires, avait pu distribuer suffisamment de nourriture. Cette époque était bien révolue 10 ans plus tard, et lorsque le besoin s’en était fait sentir, le stock de l’agence était étrangement incapable de fournir quoique ce soit en suffisance. Les affamés restèrent affamés.

Bien entendu FMI et Banque Mondiale ne reconnaîtront jamais leur erreur. Même lorsqu’ils admettront du bout des lèvres que la politique de privatisation qu’ils avaient imposée au Malawi, n’était pas étrangère à cette pénurie, ce sera pour souligner la corruption de certains dirigeants du pays ou d’entreprises.

Est-il nécessaire de souligner que les politiques de privatisations à tout crin « conseillées » par les institutions de Bretton Woods, sont rarement acceptées de gaîté de cœur par le pays qui se les voit proposer ? En fait, il a rarement le choix : Le remboursement de la dette du pays auprès de la Banque Mondiale ne lui en laisse pas vraiment la liberté. Le Malawi a dû, comme de nombreux pays africains, accepter une ribambelle de mesures, toutes plus libérales les unes que les autres, théorisées sous le doux nom de Plan d’Ajustement Structurel. Tout doit être privatisé : de l’éducation à la santé, en passant bien sûr par l’économie du pays, essentiellement agricole, au Malawi.

Inutile de préciser bien sûr que la dette nationale est remboursée depuis belle lurette, et ne subsiste sans doute que comme moyen de pression sur un pays que l’on veut laisser dépendant.

Inutile de préciser non plus que l’agriculture est la seule « économie » que tous les pays riches continuent à subventionner, alors que ces programmes d’ajustement l’interdissent aux pays « aidés ». Sans doute est-ce un remède de cheval… A moins que ce ne soit une expérimentation in-vivo que le FMI sait périlleuse, vouée certainement à l’échec, mais de toute façon incontournable pour une logique libérale (au sens économique). Dans le cas du Mali par exemple, la privatisation a profité à nombre d’entrepreneurs français, mais assurément pas au pays, ni à ses habitants. Mais après tout une banque, fut-elle Mondiale, travaille pour ses meilleurs et gros clients, au moins dans une économie capitaliste. Mais ce qui est paradoxale avec cette Banque Mondiale (et son bras exécutif, le FMI), c’est qu’elle s’obstine à garder ses mauvais et petits clients, et à leur offrir des prêts, surtout quand ces derniers ne demandent rien…

La leçon a été apprise par le Malawi, et bien apprise. Son nouveau président, Bingu wa Mutharika, sans doute moins corrompu que son prédécesseur aux yeux des Malawiens, mais peut-être pas à ceux de nos grandes institutions financières, a renversé la vapeur. Il a autorisé l’Etat à subventionner l’agriculture, contre l’avis des argentiers internationaux.
Ces nouvelles aides, bien que modestes, permettent enfin aux paysans d’acheter de l’engrais pour leurs cultures

En 2007 le Malawi est devenu auto-suffisant en matière alimentaire, et même s’est permis d’exporter des centaines de milliers de tonnes de maïs au Zimbabwe. Ce revirement incroyable s’est produit en quelques années, et ni le FMI, ni la Banque Mondiale, ni la communauté européenne qui suit hypocritement les préconisations de ces dernières, ne s’en sont vantés, selon l’expression qu’ils n’ont de cesse de répéter. En tout cas, ils ne doivent pas être fiers que ce petit pays si pauvre, leur ait montré leurs erreurs. Evidemment ils ne le reconnaîtront jamais, et mettront cette embellie sur le compte de la providence.

Peut-on espérer que le Malawi ne soit pas puni pour cet affront de lèse-libéralisme ? J’en doute malheureusement : Les dernières « recommandations » de la Banque Mondiale à propos du Malawi, prouvent qu’elle ne veut pas lâcher le morceau.

En 1994, le Malawi s’était déjà montré rebelle aux injonctions des pays riches : il avait fait le choix de développer l’éducation de base pour tous, en supprimant par exemple, contre l’avis du FMI, les frais de scolarité. Le résultat ne s’était pas fait attendre très longtemps : le taux de scolarisation augmenta alors de 50% en deux ans.

Ces libertés acquises par ce pays dont personne ne parle, ne seront certainement pas tolérées éternellement.

Pour elles-mêmes d’abord : Même si le Malawi n’a aucune richesse à offrir, il a des terres agricoles, et le soja, nécessaire à la production des biocarburants, pourrait remplacé avantageusement le maïs. Des famines à venir sans doute, mais le réservoir de nos voitures le mérite bien.

Et ensuite, pour ne pas saper la bonne volonté d’autres pays d’Afrique, et d’ailleurs, à appliquer des mesures, considérées encore comme des aides, mais dont le résultat s’avèrent très souvent criminel, pour ne pas dire tout le temps, pour les pays assistés. Par contre, pour les pays et institutions qui assistent, le constat et le résultat sont évidemment bien différents.

Je finirais par une petite aparté franchouillarde et un pari : Dominique Strauss-Kahn va nous montrer, en tant que nouveau président du FMI, qu’il n’est pas plus de gauche que sa cohorte d’amis du parti socialiste.

SylvainD.

Malawi _ Photo David Hetch - IRIN
Malawi _ Photo David Hetch – IRIN
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