Harambee

Kenya © Julius Mwelu / IRIN

Les médias semblent condamnés à suivre les propagandes politiques. Pourquoi sans cesse parler de conflits ethniques dès qu’il est question de l’Afrique ? On connait trop les dégâts que cela a provoqués dans un pays voisin du Kenya : le Rwanda… et on sait aussi comment cette soi-disant ethnicité a été créée et pourquoi. Les problèmes actuels en Belgique entre wallons et flamands ne seront jamais des conflits ethniques. Pourquoi ?

Mwai Kibaki est loin d’être un démocrate, il tient au pouvoir, personne ne semble vouloir comprendre cet entêtement, bien universel pour le coup.

S’agissant de l’Afrique, il est de bon ton de montrer à chacun une connaissance du terrain : Les africains s’entretuent, bien entendu ce ne peut être que tribal. D’ailleurs ils n’ont pas l’exclusivité de cet atavisme : les combats dans les pays de « l’axe du mal » (Irak, Iran…) ont généralement la même origine, dit-on.

Etonnant quand même que ce particularisme attaché à de nombreux peuples qui n’ont pas la chance de naître en Occident. Je n’oserais pas rappeler que l’étude des groupes humains, dont l’ethnologie a fait son fond de commerce, est une spécialité bien occidentale. Drôle de coïncidence tout de même.

Que cela serve à justifier l’éternel fardeau de l’homme blanc, sa grande mission de « civiliser » et de redessiner à son image, ceux qui ne lui ressemblent pas et qui vivent différemment, n’est sans doute qu’un pur concours de circonstances. Les belges, que j’évoquais en introduction, sont bien trop blancs, pour tremper dans de telles sauvageries. Pourtant la courte histoire de leur pays n’a rien de bien exemplaire.

Que les USA, informés et conscients des fraudes électorales dès les résultats de ces élections kenyanes, aient félicité Kibaki, n’a rien de bien surprenant. Que les médias du monde entier aient relayé cette information sans la commenter, n’a évidemment rien de nouveau. Pas plus que ces derniers n’ont cherché à interpréter la pirouette de Washington, lorsqu’il a émis des doutes sur la transparence de ce scrutin.

Tout cela est dans l’ordre des choses. L’Afrique est le terrain de jeux de l’Occident, après avoir été celui de l’Europe, et le restera. Ce n’est pas l’entrée d’un concurrent encombrant en la personne de la Chine, qui changera la donne. Les prétendants se chamailleront un peu plus entre eux, mais cela n’aura qu’un temps.

Tant que les touristes occidentaux pouvaient se rendre au Kenya, pour des safaris ou pour se languir sur ses immenses plages de sable blanc lavés par les eaux de l’Océan Indien, ce pays était une démocratie stable, où la liberté de la presse était la règle. Pourtant, il n’est pas besoin d’être un expert en géopolitique pour s’être rendu compte que la présidence de Mwai Kibaki depuis 2002, comme celle de Daniel Arap Moi durant les 24 années qui ont précédées, n’avaient rien de bien égalitaires. La parodie d’élections ne change rien à l’affaire.

Alors au lieu de se poser des questions sur leur aveuglement passé, ces mêmes occidentaux préfèrent en conclure que leur lecture était la bonne, et qu’une crise ethnique a surgi tout à coup, comme il est de coutume dans ces pays pas très évolués d’Afrique. Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon il en serait bien fini de notre belle civilisation.

Plus sérieusement, et au-delà des morts que provoque cette obstination de Kibaki à rester au pouvoir, il est à craindre que la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) n’en sorte affaiblie. Et cela ne doit pas être pour déplaire à nombres de pays occidentaux ou non, qui voient d’un mauvais œil toute unité sur le continent africain. La prolongation des affrontements kenyans ne serait pas surprenante alors.

Le père de l’indépendance du Kenya, Jomo Kenyatta, promulgua la devise nationale Harambee, que l’on peut traduire par ‘En avant ». Il souhaitait qu’elle soit le symbole de la lutte victorieuse contre la colonisation et pour le rassemblement des différentes ethnies. Il est vrai que ce doux temps des illusions est révolu. C’était en 1963. En décembre 1963.

Deux ans plus tôt, Patrice Lumumba avait payé de sa vie ce désir d’Unité. D’autres suivront. Et il parait évident que les motivations de ces morts sont, et resteront, ethniques.

SylvainD.

Kenya © Julius Mwelu / IRIN
Kenya © Julius Mwelu / IRIN
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