Zoé

Enfants tchadiens - IRIN

Idriss Déby est décidément bien malin. Le président tchadien aura fait de la dentelle de bout en bout dans cette affaire de l’Arche de Zoé. Son homologue français, bien malgré lui, a été le dindon de la farce. Il n’est pas étonnant que la presse hexagonale, derrière ou plutôt devant une opinion publique scandalisée, s’est efforcée de diaboliser un humanitarisme qui n’en ait finalement plus un. Les à-côtés du décor n’avaient rien de bien glorieux.

Notre époque est à l’immédiat et à la surenchère constante, comment s’étonner alors que l’ONG ‘Children Rescue’ métamorphosée pour la circonstance en ‘Arche de Zoé’, ait confondu vitesse et précipitation ? Cette opinion publique française qui court de plus en plus après une possession à bon marché, ne devrait peut-être pas s’offusquer des conséquences fâcheuses de ses pulsions consommatrices. Acquérir des téléphones portables, des voyages, de l’émotion, sans trop dépenser et s’investir, voilà la bonne affaire. De la misère, des larmes et tout s’emballe. Sauver des enfants dans un Darfour à feu et à sang, quoi de plus louable ? Sauf que la manière, la méconnaissance du terrain et de la corruption politique tchadienne et française, feront tout capoter. Eric Breteau, fondateur de L’Arche de Zoé est allé, lui aussi, un peu trop vite. Cela, certainement accompagné d’un brin d’arrogance et de l’assurance d’avoir raison qui va avec, a détruit de nombreuses illusions, et peut-être pas seulement françaises.

Ce penchant malsain de l’instantané est incarné d’ailleurs à merveille par notre président, qui nous joue sans aucune gène un reality show télévisé depuis son arrivée au pouvoir : tout, tout de suite, quelles qu’en soient les conséquences immédiates ou à terme. Pourvu que l’on parle de lui, et qu’il y gagne quelque chose… pour lui, ou ceux qui tirent les ficelles en coulisse… qui sont sans doute les mêmes qui lui font tant de cadeaux désintéressés.

Petit aparté : Celui qui est le plus démonstratif à ce petit jeu est l’ami Bolloré, Vincent Bolloré. Intéressé depuis quelques années par les médias, cela ne devrait pas lui déplaire de faire la Une d’une certaine presse à sensations. Pari stupide s’il en est : Sera-t-il un des témoins du futur mariage présidentiel ? Quoiqu’il en soit, il ne faut pas oublié qu’une partie de la fortune des Bolloré s’est construite en Afrique. Le groupe Bolloré, entre autres forfaits sur ce continent, a fait, et continue de faire, de gros dégâts dans de belles forêts camerounaises , sans être inquiété. L’état français ne l’ignore pas. Quelques pages dans le quotidien gratuit ‘Matin Plus’ du 26 octobre dernier (propriété de Bolloré Médias et du Monde), à la gloire de Paul Biya, le président camerounais, peu sourcilleux de démocratie et d’environnement, ont fait l’affaire. Echange commode et devenu habituel depuis que Nicolas Sarkozy s’est déclaré solennellement au Conseil de sécurité, l’avocat de la lutte contre l’impunité en Afrique. Voulant sans doute faire oublier cet écart de langage, il s’évertue à démentir jour après jour ce gros mensonge.

Cet aparté nous fait revenir à Idriss Déby. Ce monsieur est tout de même bien rancunier. La France, enfin une certaine France (politique, militaire et industrielle), s’évertue depuis des années, exactement depuis 1990, à maintenir Déby au pouvoir. Cet ancien compagnon d’armes d’Hissène Habré, a chassé ce dernier du pouvoir avec l’aide de la France. Et depuis, c’est sans cesse la même ritournelle dans les couloirs du Quai d’Orsay : il faut sauver le soldat Déby. Plus grand monde, en France, comme à l’étranger, ne comprend cet acharnement. Sans doute la force l’habitude, et l’odeur d’un héritage foccartien qui colle à la peau. L’opposition tchadienne, qui comme dans toute bonne dictature porte le doux nom de rébellion, est tenue éloignée de la capitale et de toute ville stratégique du pays, grâce à l’appui de mirages bleu-blanc-rouge, et cela depuis trop longtemps. Alors de quoi se plaignait Déby, lorsqu’il disait, au début de l’affaire de l’arche de Zoé : “Ils nous traitent comme des bêtes. Voilà l’image de cette Europe qui sauve, qui donne des leçons à nos pays. Voilà l’image de cette Europe qui aide les Africains” ? Il ne s’insurgeait contre rien naturellement, et surtout pas contre ses protecteurs. Son objectif dès le début de cette histoire était de redorer son image dans son pays. Il a réussi à merveille. Il n’est pas impossible que le prochain passage de mirages français dans le ciel de Ndjamena, pour défendre ce cher président, se fassent sous les applaudissements tchadiens. Chercher l’erreur.

Mais le dernier coup de Déby fut le meilleur. L’avait-il prévu ?

Grâce à ces accords de transfèrements (commutation des lieux de détention entre la France et le Tchad), les humanitaires condamnés à huit ans de travaux forcés, sont rentrés finalement à Paris. Quel soulagement pour Idriss Déby. Ces prisonniers se seraient révélé des témoins bien trop gênants des conditions de « vie » dans les colonies pénitentiaires tchadiennes. Sans compter la presse française qui n’aurait pas manqué de rendre des visites de courtoisies à nos chers compatriotes. Encore une fois, des accords, non pas militaires, mais de justice avec la France, lui ont sauvé la mise. Sans cela, son opération de propagande, auraient eu finalement des conséquences contrariantes.

Tout est bien qui finit bien. Chacun restera chez soi et le contribuable français financera les années d’emprisonnement des humanitaires, et sans doute l’amende de 6 millions d’euros demandée par la justice tchadienne.

Mais tout va si vite, ce n’est pas bien grave.

Du bel ouvrage, Monsieur Déby, du bel ouvrage…

SylvainD.

Enfants tchadiens - IRIN

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