Querelle pour un chameau

Photo Warner Independent - Hejewa Adam, rebelle contre les janjawid.

« All that Mercedes-Benz, all that food… I think all that is not good ».Il faut craindre que les pourparlers de paix pour le Darfour, qui viennent de se tenir à Syrte en Libye, ne laissent pas d’autres souvenirs que ce trop-plein de richesses, dénoncé par le chef d’un groupe armé en rébellion contre Khartoum.

Aurait-il pu en être autrement ? Sous le regard accusateur et important de Mouammar Kadhafi, les quelques représentants des forces, que l’on appelle rebelles, ne devaient pas être très motivées ou très à l’aise.

Apparemment, peu ou pas de personnes dans les médias, n’a vu l’ironie de tenir des pourparlers de paix dans cette ville libyenne . Peut-être n’y en avait-il aucune, et que je me suis fait des idées. Nos grands diplomates ont sans doute un avis définitif sur la question, espérons.Quoiqu’il en soit, il n’en est rien sorti de bien positif. Khartoum a réitéré son éternelle promesse d’un cessez-le-feu au Darfour. Qu’il oublie sans cesse de respecter, naturellement. Les rebelles ne l’ont de toute façon pas cru. Quant à la Communauté Internationale, elle n’a souhaité faire aucun procès d’intention, comme d’habitude. Et bien sûr, l’échec de ces négociations a été imputé à l’absence des principales forces rebelles en Libye. Elles auraient refusé de quitter leur bastion, sans l’assurance d’un cessez-le-feu immédiat. Une bricole.

Dans cette tragédie, il ne sera jamais question de contraindre (et de déplaire) en quoi que ce soit, le pouvoir soudanais d’Omar El Béchir. Nos politiques et intellectuels français peuvent faire les fanfarons , en agitant les bras et en montrant les dents en direction de Khartoum, ce dernier sait bien à quoi s’en tenir. Le discours de certains humanitaires français, bien que différent, doit aussi rassurer le pouvoir soudanais : « Arrêtons de parler de tragédie au Darfour, sous peine de tous verser dans la paranoïa humanitaire édifiante de l’Arche de Zoé ». Dont acte. Au contraire, aux Etats-Unis, ce débat tient de plus en plus de place, et l’opinion générale est plutôt en faveur d’un pourrissement, et non du contrôle de la situation. Qui croire ?

Plus les années passent, et plus il semble que le désir d’Omar El Béchir, de ne pas voir d’occidentaux au Soudan, devient réalité. Il le répète depuis des années : Cette ingérence néo-colonialiste est intolérable. Kadhafi ne lui donnera jamais tord sur cette question. Un autre chef d’état de la région, a sans doute des arrière-pensées pas très différentes : Idriss Déby, le président du Tchad, a des désirs de révoltes depuis quelques jours, pour des raisons qui ne sont pas passées inaperçues.

Quittons donc la méditerranée et Syrte, pour Abéché et les limites du Sahara. Nous sommes au Tchad, et une ONG, l’Arche de Zoé, aurait fait une grosse boulette. Je dis bien « aurait », car cette triste affaire s’est transformée, dès qu’elle a été connue, en affaire de propagande : politique, diplomatique, anti-humanitaire, anti-occidentale. Je doute que l’on connaisse avant longtemps la vérité de cette histoire. Idriss Déby, en vieux roublard, a saisi immédiatement l’occasion, alors qu’il était de toute évidence au courant de l’affaire, pour avoir rencontré le président de l’ONG, quelques semaines avant que ne se produise le scandale. Un exemple parmi d’autres de ce battage : « Ils nous traitent comme des bêtes. Voilà l’image de cette Europe qui sauve, qui donne des leçons à nos pays. Voilà l’image de cette Europe qui aide les Africains », clame haut et fort ce bon président. Déby redore à moindre frais, son image en Afrique, et bien sûr dans son pays. Et pour une fois, il peut parler d’égal à égal avec Paris, c’est si rare : En mai 2005, lors des présidentielles tchadiennes, quelques mirages français bien positionnés autour de Ndjamena, la capitale, lui ont permis d’être réélu sans souci. C’est ainsi depuis qu’il est pouvoir (1990). Cette « assistance » commencerait-elle à lui peser ? Ne trouve-t-il pas très appropriée non plus, la force ONU-UE qui va être déployée dans quelques semaines, le long de sa frontière avec le Soudan, et qui va être, comme par hasard, sous commandement français ? Une chose est certaine, que ces drôles d’humanitaires aient agi avec des intentions louables ou crapuleuses, ils rendent un grand service au pouvoir tchadien.

Pour en revenir à l’ONG, il suffit de visiter leur site internet, pour voir que cette organisation ne rigole pas, et qu’ils ont découvert au Darfour, l’apocalypse. En tout cas, ils le martèlent avec véhémence. L’adoption d’enfants n’étant pas « reconnues » dans les pays musulmans, et particulièrement au Tchad et au Soudan, ils ont joué avec le feu. En donnant de l’espoir à quelques enfants, et quelques familles adoptives, ils ont oublié qu’une vie humaine, même dans un pays pauvre et en guerre, n’est pas une marchandise. Ils ont oublié aussi le fameux adage « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais » : Ce n’est pas parce que Déby maltraite les populations de son pays, enfants compris, qu’ils devaient se croire autoriser à prendre des libertés, aussi généreuses soient-elles. Et pour finir, et au cas où le motif de l’Arche de Zoé aurait échappé à certains, Annette Rehrl, du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, nous rassure : « Dans le contexte du Tchad, ces enfants sont bien portants et bien nourris ». Alors.

Si les enfants soudanais, ou tchadiens, ne sortiront pas de leur pays, il est probable que les humanitaires de l’Arche de Zoé, ne resteront pas éternellement au Tchad. Un accord est si vite trouvé. Notre président français, n’a-t-il pas demandé à Kadhafi, de jouer le rôle de médiateur dans cet incident. Kadhafi, l’incontournable Kadhafi, depuis cette autre affaire, pas si différente, d’infirmières bulgares, il peut bomber le torse.

….

Pour en revenir aux quelques rares accords négociés à Syrte : le Tchad a obtenu de son voisin soudanais, l’assurance que sa frontière ne serait plus traverser par des forces armées soudanaises ou des janjawids. Etonnamment et pour une fois, la Communauté Internationale ne l’a pas cru : Elle a autorisé le déploiement (déjà évoqué ci-dessus) d’une force ONU-UE de près de 4000 hommes, sous commandement français, pour sécuriser cette frontière, qui n’aurait plus besoin de l’être, si l’on en croit le pouvoir à Khartoum. A moins que ce ne soit les pouvoirs de Déby et de Bozizé (Centrafrique) qu’une France lobbyiste souhaite protéger des soubresauts de la région ?

J’allais oublier : Kadhafi, encore lui, lors de ces mémorables pourparlers à Syrte, a dit s’étonner que l’on fasse tant de tapages pour une simple « querelle pour un chameau »… La Darfour, une simple « querelle pour un chameau » ?… Bon, s’il le dit, on peut lui faire confiance, n’est-ce pas ?

SylvainD.

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