Chantiers navals

Parler de bateaux et de marins, invite immanquablement au voyage.
C’est ce que je pensais en cette après-midi d’octobre 1999. J’étais assis depuis plus d’une heure dans une de ses maisons désolées, et à moitié détruites, qui avaient autrefois fait la fierté des portugais qui s’y étaient installés. Ces ruines trônaient encore fièrement sur les derniers mètres de terre de l’extrême Nord de l’île de Madagascar. Après c’était l’Océan Indien : La grande baie de Diégo Suarez me faisait face, et elle me fascinait. Il était 14 heures, le soleil cognait fort et les bateaux se faisaient rares. A l’endroit où je me trouvais, je ne voyais pas le port de la ville, un peu en retrait de la baie, sur ma droite, mais je devinai aussitôt qu’ils venaient de là.

Ils, c’étaient des marins, qui remontaient du port. Tout de blanc vêtus, ils partaient à la conquête de la ville. Je fis le tour de la maison. Une vue plongeante sur le port me renseigna sur la nationalité des visiteurs : Deux grands navires de guerre reposaient en contrebas, et battaient pavillon indien. Que venaient-ils faire à Madagascar ? Une visite de courtoisie à leurs homologues malgaches ? Une invitation de l’Amiral Rouge, ainsi que l’on surnommait le président du pays, Didier Ratsiraka ?

Quoiqu’il en soit, ils étaient fiers d’eux-mêmes, ces marins. Je les suivis pour voir où ils allaient, et quelles étaient leurs motivations, après un voyage que j’imaginais, de plusieurs mois, sur des mers et des océans démontés. Je fus un peu déçu : Ils entraient par groupe dans toutes les boutiques de la ville, et ressortaient l’air heureux avec un nombre d’objets impressionnant. Les magasins de Diégo Suarez étaient pourtant plutôt chichement pourvus à l’époque. Je n’osais imaginer d’où ils venaient, pour dépenser ainsi leurs maigres soldes. Les emplettes faites, ils retournèrent en ordre à bord de leurs navires, pour en ressortir le soir, à la recherche d’autres plaisirs, moins futiles manifestement.

Je retournais le lendemain derrière la maison coloniale portugaise : Plus de navire. Les marins étaient partis vers d’autres aventures…

Je me suis souvenu de ces marins indiens, en lisant un article du Figaro : Le « France » va être désossé dans quelques jours au chantier naval d’Alang, en Inde.

Qui ne connaît pas ce fleuron de la France des années 60, de cette France qui étrangement, compte encore énormément pour de nombreux français ? Et qui n’a pas entendu parler de la polémique, que le dernier voyage du transatlantique, a suscitée ?

Ses 1200 tonnes d’amiante et de sources radioactives en tout genre, ont bien faillit lui faire faire en sens inverse, son ultime traversée. Finalement l’Inde a accepté ce cadeau empoisonné. Sans doute est-ce là une compétence particulière des pays en voie de développement et émergeants : Le recyclage des ordures des pays riches.

Claude Lévi-Strauss (‘Tristes tropiques’), en évoquant le passage des occidentaux dans certains pays, qu’il n’est plus de bon ton d’appeler, les pays du tiers-monde, écrivait déjà : « Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité. »…. Triste constat et ironie grotesque pour le vieux navire français.

Les marins indiens de Diégo Suarez ne m’ont sans doute pas fait rêver comme je l’espérais, mais nos histoires navales françaises, elles, fortifient encore moins mon imagination.

SylvainD.

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