Drôle d’aventurier

La salle d’attente de l’aéroport n’avait rien de bien excitant, et les six heures de transit promettaient d’être pénibles : Le vol pour Maputo et le Mozambique allait se faire désirer.

Mes insomnies aériennes, pour cause de touristes agités, commençaient à se faire sentir et je rêvais d’un peu de repos. Les circonstances en décidèrent autrement, et je devais vite me rendre à l’évidence que je ne pourrais pas dormir : Ma chaise n’avait pas de dossier. La salle d’attente étant minuscule, je vis d’un seul coup d’oeil, que toutes les autres étaient occupées et jalousement gardées. Pas la peine d’espérer quoique ce soit de ce coté-là, et quitte à rester éveillé, il fallait trouver une occupation.

Par hasard, mon voisin de droite, n’avait pas l’air fatigué, et apparemment il cherchait aussi une distraction. Sans que je le motive, il se montra très social avec moi. Il tenait manifestement à me faire la conversation, et je ne voulais pas le décourager. Mais comme les choses ne sont pas toujours simples, nous allions tous deux devoir nous surpasser.

Il était chinois, et bien entendu, il ne parlait pas français. Et bien entendu, je ne parlais pas chinois. Quant à l’anglais, il ne nous rendait pas de grands services : Nos accents régionaux compliquaient toutes nos tentatives de débats. « Mon chinois » n’avait pas l’air de se formaliser de ce genre de considération. J’étais moins patient : cela commençait vraiment à me fatiguer. La solution choisie pour rester éveillé, n’était peut-être pas la bonne finalement. Peu à peu, nous en étions même venus aux mains, seul language vraiment commun entre nous deux. Je crois bien que les dormeurs autour de nous, appréciaient aussi cette décision.

La conversation tournait en rond, et nous n’arrivions à pas grand-chose d’intéressant. Tout cela devenait trop compliqué de toute façon. Dans une dernière tentative pour ne pas briser cette amitié naissante, et aussi pour le faire « taire », je lui mis dans les mains, qu’il avait larges et calleuses, un livre de voyage sur le Mozambique, écrit en anglais. Il devint alors curieux : Dès qu’il voyait une belle photographie, il tournait et retournait le bouquin dans tous les sens. Il était aux anges, et il paraissait heureux comme un enfant.

Pour être complet, je dois dire que ce voyageur avait une mine patibulaire, et qu’il portait un beau chapeau de cow-boy. Je lui demandais alors, non sans difficulté, avec mon anglais aux accents lyonnais, ce qui l’emmenait dans ce pays, dont il n’avait manifestement aucune idée. Sa mine s’accordait tellement avec sa réponse, qu’il n’eut pas besoin de me la répéter : Il allait travailler dans une concession forestière… Encore un ravage écologique en devenir, pensais-je immédiatement, en regardant de plus près cet étrange aventurier…

SylvainD.

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