Piscine humanitaire

Nous nous sommes donné rendez-vous à 15h dans le quartier résidentiel du centre-ville de la capitale. A cette heure-ci, le soleil s’en donne à cœur joie et j’ai l’impression malsaine de bouillir doucement, en attendant qu’un ami burkinabé ouvre le portail vert de la villa. Je ne pense même pas à sortir de la voiture transformée en cocotte-minute, et je découvre le jardin de la maison au travers du pare-brise, où semblent s’être écrasés tous les insectes du quartier.

Quelques jours auparavant, je discutais de la pluie et du beau temps avec des amis burkinabés, et précisément du beau temps. De cette chaleur qui commençait à devenir suffocante, alors que la période la plus chaude de l’année, n’arriverait que dans quelques mois, en avril. Les 40°C étaient atteints régulièrement en ce mois de décembre, je n’osais imaginer ce que l’on pouvait ressentir avec quelques degrés de plus. J’aime la chaleur pourtant, mais je trouvais que le Burkina Faso en faisait un peu trop : Ouagadougou me faisait la fête, c’était noël quelques semaines avant l’heure.

Bref, les amis en question, me proposaient d’aller profiter d’une piscine, qu’un jeune couple en voyage de noces leur avait laissée à disposition, tout comme la maison et le jardin tout autour.

En sortant de la voiture, je découvre une belle et grande maison de plein pied, un magnifique jardin, et, en prolongement d’une large terrasse, une piscine bien entretenue.

Nous nous installons dans le salon joliment décoré. J’ai l’impression de rejouer « Daktari », ou de poser dans je ne sais quel cliché du début du siècle dernier, à l’intérieur d’une maison africaine de riches européens, chasseurs d’Ivoire. Il me faut savoir au plus vite chez qui je suis.

Ces riches amis qui ont eu la générosité de prêter leur villa, sont un jeune couple sud-américain. La fille, une argentine de vingt-cinq ans, travaille comme juriste dans je ne sais quelle ONG, qui a pour mission le développement du Burkina Faso. Quant au futur mari, un colombien pas plus vieux qu’elle, il ne fait rien, et vit là en attendant.

Naturellement, la belle maison est un logement de fonction prêté par l’ONG, qui sans doute ne sait pas où placer ses dons.

Pendant que je sirote un jus de fruit, j’entends la cuisinière s’activer dans la pièce d’à côté. Le jardinier, lui, n’arrive que vers 17h, pour le nettoyage quotidien du jardin et de la piscine.

Je n’ai pas l’envie de chercher le gros véhicule de fonction, mais il ne doit pas être loin. Tout cela me semble un peu irréaliste, et je ne me rappelle plus, à quelques années de distance, si le sentiment d’absurdité l’a emporté sur l’étonnement, ou avec quelle vitesse il l’a fait.

Pour ce jeune couple, ce traitement princier doit paraître mérité j’imagine.

Comme le trajet en voiture que je venais de faire, m’avait bien chauffé, je profitais de la piscine alors qu’elle était encore à quelques mètres de moi. Mais idiotie de ma part ou fierté d’avoir des convictions, ce qui revient un peu au même, la piscine ne m’a plus jamais revue.

Même si ce n’est pas la règle, ces humanitaires qui profitent de leur statut pour vivre comme des nababs, se rencontrent malheureusement assez souvent.

Un autre souvenir :

Il y a quelques années, je m’étais retrouvé coincé dans une petite ville côtière du Sud-est de Madagascar, Manakara.

Le train que je devais prendre pour rejoindre les hauts plateaux malgaches, bien que quotidien, avait un peu de retard, et j’avais quelques jours à attendre là. Je passais chaque début d’après-midi à la terrasse de mon hôtel à rêvasser de je ne sais quoi.

Réglés comme des horloges, de jeunes Médecins du Monde arrivaient chaque jour à 14h tapante, avec une flopée de jeunes filles malgaches autour d’eux, aux volants des mêmes gros véhicules tout-terrain, que je n’ai pas voulu chercher dans la villa ouagalaise. Ils s’installaient ensuite, au milieu de leur harem, sur la terrasse du maquis voisin, et passaient les quelques heures suivantes à siroter la bière nationale, la THB, en riant très fort. Cette bonne humeur était dérangeante et un peu indécente. Je n’ai jamais cherché à faire leur connaissance.

Tout cela n’a évidemment rien de véritablement surprenant, mais être témoin de telles scènes anachroniques est insupportable, et c’est à vous dégoûter de la nature humaine.

Sous certaines latitudes, les clichés ont décidément la dent dure.

SylvainD.

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