Querelles de chapelles darfouries

Si les troubles à l’ouest du Soudan ont diminué d’ampleur par rapport à ce qu’ils étaient il y a encore quelques années, c’est plus par manque de combattants que grâce à une communauté internationale, toujours aussi timide. Il y a gros à parier que si l’amélioration continue, cette même communauté internationale n’y sera pas pour grand-chose. Deux exemples récents illustreront mon propos.

Le 25 juin dernier avait lieu à Paris la conférence « Rapprochement international sur le Darfour à Paris ». Que du beau monde : Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner étaient bien entourés (Condoleezza Rice, Ban Ki-Moon, Javier Solana…)

Trois phrases parmi d’autres, recueillies lors de la conférence de presse qui a clôturé cette réunion, auraient pu nous faire sourire, si le sujet s’y était prêté.

Dès son ouverture, l’actuel premier diplomate de France, Bernard Kouchner, a osé ce résumé lyrique : « Quelqu’un a pu dire lors de la réunion, qu’il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres. L’avenir s’est éclairci. »

Un autre diplomate français, moins expérimenté manifestement, a eu plus de difficultés : « Il faut réfléchir, faire le constat d’où l’on en est et conserver l’impulsion. »

Pour finir, encore Bernard Kouchner : « Nous voulions simplement parler politique. Il n’y aura pas de solution humanitaire à ce conflit. »

Faire plus vide eut été difficile. Le diplomate et le politique ont fait tristes figures, mais la presse internationale a, presqu’unanimement, applaudit des deux mains.

Un deuxième débat, moins médiatisé.

Samedi 7 juin 2007, France Culture diffuse une autre émission Réplique : « Que faire pour le Darfour ? ». Deux invités de poids autour d’Alain Finkielkraut, Rony Brauman (ancien président de Médecins sans Frontières…) et Bernard-Henri Levy (philosophe, écrivain, cinéaste…).

Rony Brauman et Bernard-Henri Levy n’en sont pas à leur première controverse, notamment sur le problème actuel soudanais, et ils passent tous deux pour être de fins connaisseurs de cette question.

Une heure de dialogue n’a encore une fois, pas réussi à les réconcilier.

Rony Brauman, qui a connu l’efficacité de la diplomatie internationale sur le terrain, soutient que les mesures qu’elle envisage, retardent d’une guerre (boycott des JO de Pékin de 2008, force armée au Soudan), et que les combats ne sont plus entre Khartoum et le Darfour, mais entre Khartoum et diverses factions rebelles du Darfour, qui se battent à l’occasion entre elles.

Et puis, dit-il, pourquoi sanctionner la Chine, la France ne soutient-elle pas le régime odieux d’Idriss Déby installé au Tchad voisin.

Bernard-Henri Levy, moins précis, il me semble, sur les faits, défend que, même si la situation a évolué, ce dont il doute un peu, le fait de tout tenter contre le régime central soudanais, sera toujours mieux que de ne rien faire.

D’ailleurs BHL soutient ardemment Bernard Kouchner, qui encense maintenant la diplomatie internationale, alors qu’il l’invectivait copieusement il y a moins de deux mois. Rien de vraiment étonnant.

… Le débat finalement ne mènera à rien…

Pour des auditeurs qui ne connaissent pas obligatoirement sur le bout des doigts la réalité du Soudan et de ses provinces, tout cela doit apparaître comme un débat typique d’intellectuels, et sans doute doivent-il estimer que c’est bien ainsi.

Ces deux exemples (débat international, débat d’intellectuels) n’ont rien de glorieux, et donnent l’impression que personne ne veut qu’il y ait une solution au désastre. Pourtant des choses pourraient être tentées pour mettre un peu de pression contre ce gouvernement intraitable.

Récemment, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, n’a pas imposé sans raison, un rationnement de l’essence dans son pays, provoquant les émeutes que l’on a vues. L’Iran pays exportateur de pétrole, n’a pas d’infrastructure de raffinage, et son président sait qu’un embargo sur ce carburant lui pend au nez. Ne peut-on faire subir au régime de Khartoum, la même chose ? Pourquoi diabolise-t-on sans cesse l’Iran, qui selon toute évidence, tue beaucoup moins que cet autre pays islamique, le Soudan ? Parce que l’un parle haut et fort et fait frissonner le bon occidental, et l’autre donne des gages de luttes contre l’intégrisme islamiste, que seule la CIA prend au sérieux ?

Les seules intentions de répression envisagées pour l’instant, seraient notamment l’interdiction faite à certains membres du régime et à certains chefs janjawids, de sortir de leur pays. L’ONU a dressé une liste de 51 supposés criminels pour cela.

Je ne suis pas certain que ces personnes incriminées, en particulier les chefs janjawids, doivent en souffrir énormément, n’ayant certainement jamais eu l’idée d’aller faire du tourisme en dehors de leur immense Soudan.

De toute façon cette liste reste secrète… De mauvaises langues disent que le nom d’Omar El Béchir y apparait.

Lors d’une interview , Rony Brauman a pu dire : « Aujourd’hui, quand on voit des Bernard Kouchner et des Bernard Henri-Lévy qui parlent des Chinois en Afrique comme de « prédateurs », de gens qui sont intéressés uniquement par le commerce et le profit, on comprend que, nous, quand on était en Afrique, on avait d’autres visées : on avait notre grandeur d’âme… ».

Dans cette phrase, il a exprimé beaucoup plus qu’il ne l’a fait en une seule émission. La politique et l’économie prendront toujours le pas sur l’humanité. Omar El Béchir a décidément de bonnes nuits devant lui…

SylvainD.

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