Les enfants du Darfour

Photo de Peter Casaer - Enfants du Darfour

Le gouvernement central du Soudan vient d’accepter une opération hybride ONU/Union africaine au Darfour. Un début de solution pour sortir de cette tragédie, serait-il en vue ? Ce serait peut-être aller vite en besogne. Le pouvoir central à Khartoum n’en est pas à son premier reniement. Pourquoi ? Oui pourquoi ? Qu’est-ce qui se déroule au Darfour qui ne finit jamais ?

 

L’horreur fascinerait-elle au point de nous faire oublier d’y mettre un terme ?

Tout et son contraire a été dit et écrit sur cette province soudanaise, et il est vrai qu’elle cumule tous les ingrédients pour cela : Les meurtres de masse provoquent toujours des effets surprenants sur des spectateurs, et les enjeux économiques et politiques au Soudan sont très importants. Les contradictions enflammées des médias ont donc des excuses, d’autant plus que les réalités qui se percutent dans cette région sont complexes, et rarement binaires…

Le Darfour, depuis qu’il est rattaché au Soudan (1916), en a toujours été le parent pauvre (sous-représentation politique, infrastructures inexistantes, peu ou pas d’écoles), et les pouvoirs successifs l’ont systématiquement ignoré. Sauf lorsque, comme ce sera souvent le cas, il servira de base arrière ou avancée à certains de ses voisins (Tchad, Lybie).

Constamment, les paysans sédentaires et les pasteurs nomades se révolteront, mais rien ne changera : les habitants, noirs ou arabes, de cette province seront toujours considérés comme des habitants de secondes zones. Mais dès 1984, des famines à répétition, auxquelles le gouvernement central n’accordera naturellement que peu d’importance, provoqueront un problème aigu de partage des ressources entre nomades et sédentaires, et viendront perturber cette sinistre et constante ignorance. Des groupes dissidents prêts à en découdre plus sérieusement avec le pouvoir installé à Khartoum, se manifesteront peu à peu. Et lorsqu’au printemps 2003, une autre guerre, celle d’une autre province (le Sud Soudan) contre le pouvoir central, se terminera, le Darfour explosera comme par réaction.

Une répression à grande échelle sera alors lancée par Khartoum, qui ne visera pas uniquement les groupes rebelles, mais aussi les populations sédentaires. Une des raisons principales à cela : Le climat qui a provoqué des famines désastreuses, a laissé aussi derrière lui des zones désertiques. La terre est devenue un bien convoité.

Les sinistres milices janjawids feront une partie du travail : Les sédentaires devront accepter de perdre un peu, beaucoup, et finalement de partir. Contre ces cavaliers cruels, les paysans n’auront le choix que de fuir ou de mourir.

Quatre ans plus tard, rien n’est résolu, mais l’on meurt beaucoup moins au Darfour. Il est vrai que la province s’est tristement dépeuplée, et le pouvoir central en est conscient.

Ce court résumé, bien qu’incomplet, suffirait à mettre en doute les bonnes intentions actuelles de ce pouvoir soudanais, qui a pu compter depuis le début de cette crise, sur les indécisions de la communauté internationale.

Cette communauté met toujours beaucoup de temps à se décider, le président du Soudan, Omar El Béchir, le sait bien. Il sait aussi qu’une opération internationale n’aura jamais la compétence et la volonté de résoudre les problèmes intérieurs d’un pays. Cette opération ONU/Union africaine, si elle va à terme, ne fera sans doute pas exception.

Autrefois au Darfour, des razzias étaient entreprises pour capturer des paysans et en faire des esclaves. Aujourd’hui ces razzias continuent, avec toujours ces mêmes acteurs, les sinistres janjawids, plus cruels encore que leur ancêtres, mais pour des motifs un peu différents.

Cette ultime résolution internationale permettra-t-elle enfin aux enfants du Darfour de chasser de leurs jours et de leurs nuits, ces chevaux de l’enfer ?

SylvainD.

 

Photo de Peter Casaer – Enfants du Darfour
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